
À Clichy-la-Garenne, Colombes ou Gennevilliers, les artistes travaillent parfois derrière des portes que les passants ne voient jamais. Les 10 et 11 octobre, près de 200 créateurs vont les ouvrir au public dans cinq communes de la Boucle Nord de Seine. De 14 h à 19 h, on pourra entrer dans des lieux de travail habituellement privés, voir les œuvres en cours et parler directement avec ceux qui les fabriquent. L’entrée est libre.
La PODADA existe depuis 2000, d’abord à Bois-Colombes, avant de prendre une dimension intercommunale en 2012. Cette année, elle réunit des ateliers individuels, des collectifs et des lieux créatifs très différents. Le changement d’échelle permet surtout de voir une scène artistique qui ne se laisse pas facilement repérer depuis la rue.
À Clichy, le BLAAACK Project donne une idée de ce que le visiteur peut découvrir derrière ces portes. Installé dans un immeuble tertiaire en attente d’occupation, le projet transforme temporairement deux grands plateaux en espaces de résidence et de restitution. Les artistes travaillent aussi directement sur le bâtiment, avec des fresques et des installations qui utilisent son architecture comme matière. On ne vient donc pas seulement voir des œuvres accrochées : on entre dans un lieu en train de se fabriquer artistiquement.
À Colombes, l’atelier Fans de terre raconte une autre histoire. Créé en 2013, il possède six tours de potier et réunit des professionnels autour du modelage, du tournage, de la sculpture, du raku, de l’émaillage ou encore de la terre papier. L’atelier est à la fois un lieu de production, d’apprentissage et d’échange.
À Clichy encore, le peintre et graphiste Éric Turlot ouvre son atelier du Bateau Libre. Après trente ans dans la communication, il a choisi en 2005 de se consacrer à la peinture. Il continue aujourd’hui à travailler entre peinture et musique, avec des expositions en France comme à l’étranger.
Gennevilliers montre enfin ce que la notion d’« atelier » peut cacher. L’espace Saâd-Abssi, au cœur des Agnettes, accueille une exposition consacrée à huit artistes « sans atelier fixe ». Le lieu est normalement un centre culturel et social, avec activités associatives, accès aux droits, réunions et spectacles. Pendant la PODADA, il devient aussi un lieu de rencontre avec une création qui ne dispose pas nécessairement de son propre local. Des balades à pied permettront par ailleurs de découvrir plusieurs artistes gennevillois.
La manifestation dessine ainsi une géographie artistique difficile à voir autrement. Un immeuble de bureaux en attente, un atelier de céramique ou un espace social peuvent devenir, pendant deux après-midi, des lieux où l’on découvre à la fois des œuvres, des techniques et des manières de travailler.
Le catalogue interactif de la PODADA permet de préparer son propre parcours parmi les participants. Pour éviter la tournée exhaustive, quelques portes suffisent : à Clichy, dans un ancien espace tertiaire ; à Colombes, autour des tours de potier ; à Gennevilliers, dans un lieu où les artistes eux-mêmes n’ont parfois pas d’atelier. On découvre alors une autre face de ces quartiers, à travers ce qui se trouve derrière leurs façades.