
Dans un poulailler familial d’Issy-les-Moulineaux, un œuf analysé pour ICI et la Cellule investigation de Radio France contient 3,40 microgrammes par kilo pour la somme de quatre PFAS. La teneur maximale européenne applicable aux œufs commercialisés est de 1,70 µg/kg. Pour le seul PFOS, l’analyse atteint 2,73 µg/kg, contre 1 µg/kg.
Ces chiffres ne signifient pas qu’un particulier a mis sur le marché un produit non conforme : l’œuf a été prélevé chez lui. Ils permettent en revanche de mesurer l’écart avec les limites qui s’appliquent aux œufs entrant dans le circuit commercial.
Sur les 91 échantillons analysés pour l’enquête nationale, 54 % venaient de particuliers et 46 % avaient été achetés dans le commerce. Parmi les œufs issus de producteurs, quatre contenaient des PFAS et deux dépassaient un seuil. Dans cette enquête, l’essentiel des dépassements concerne donc les œufs confiés par des particuliers.
Les œufs commercialisés font l’objet de contrôles réglementaires. L’ARS Île-de-France indique qu’aucune non-conformité aux polluants organiques persistants n’avait été détectée depuis cinq ans dans les prélèvements réalisés dans les élevages professionnels, au niveau national comme francilien. Un œuf consommé directement chez soi n’entre pas dans ce circuit de contrôle.
Une poule de jardin gratte la terre, en avale des particules, picore des vers et des insectes. En étudiant 25 poulaillers domestiques franciliens, l’ARS a cherché le lien entre la contamination des parcours accessibles aux poules et celle de leurs œufs. Son étude conclut que l’exposition par le sol joue un rôle central dans les contaminations observées.
Dans l’agglomération parisienne, les sols ont souvent été remaniés et peuvent porter la trace d’activités industrielles anciennes ou actuelles. La recommandation de l’ARS ne se limite donc pas aux abords de quelques installations : elle couvre toute l’unité urbaine de Paris, soit 407 communes, dont l’ensemble des Hauts-de-Seine.
Issy possède justement un incinérateur, mais le nouvel œuf ne permet pas de lui attribuer cette contamination. L’étude francilienne avait comparé des poulaillers proches d’incinérateurs et d’autres éloignés de sources fixes connues. L’ARS précise qu’elle n’a pas mis en évidence de surexposition spécifique à proximité des incinérateurs.
Pour les quatre PFAS recherchés à Issy, les teneurs maximales européennes dans les œufs sont de 1 µg/kg pour le PFOS, 0,30 pour le PFOA, 0,70 pour le PFNA, 0,30 pour le PFHxS et 1,70 pour leur somme. Pour l’œuf autoproduit d’Issy, ces seuils servent donc de comparaison avec ce qui serait admissible dans le circuit commercial.
La recommandation sanitaire, elle, est déjà établie. Dans toutes les communes des Hauts-de-Seine, l’ARS conseille d’éviter les œufs issus de poulaillers domestiques. Elle précise qu’une consommation d’œufs autoproduits moins d’une fois par semaine reste envisageable, mais qu’elle est particulièrement déconseillée aux enfants, aux femmes enceintes et aux femmes allaitantes.
Le prélèvement d’Issy ne cartographie pas la contamination de la commune. Il montre quelque chose de plus ordinaire et peut-être plus surprenant : quand une poule mange dans un jardin urbain, son œuf raconte aussi une partie de ce qui se trouve sous ses pattes.
Sources consultées
- Ouest-FranceUne contamination aux « polluants éternels » détectée dans les œufs d’un poulailler familial des Hauts-de-Seine
- Radio FranceENQUÊTE ICI / Polluants éternels : près de 60% des œufs analysés par ICI contiennent des PFAS, 25% dépassent les normes
- Agence régionale de santé Île-de-FrancePolluants organiques persistants : l’ARS Île-de-France maintient et précise sa recommandation de ne pas consommer les œufs des poulaillers domestiques produits dans les communes de l’agglomération parisienne (unité urbaine de Paris)
- Agence régionale de santé Île-de-FranceContamination des œufs de poules par des polluants organiques persistants
- Union européenneRèglement (UE) 2023/915 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires