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À Montrouge, du capteur au drone : comment une alerte radioactive devient une carte pour agir

L’ASNR ouvre son siège de Montrouge le 10 octobre. Derrière drones et capteurs, une difficulté : transformer des mesures de radioactivité en une carte assez fiable pour agir.

Illustration - mesure de radioactivité par drone

Samedi 10 octobre, l’ASNR ouvrira pour la première fois son siège de Montrouge au public. Véhicules de mesure, drones et robots feront partie des équipements présentés. Ensemble, ils montrent comment différents instruments se complètent après une alerte radiologique : obtenir un chiffre est seulement le début. Il faut encore déterminer l’étendue de la zone concernée, identifier ce qui a été rejeté et produire assez vite une information utilisable par les autorités.

La première ligne de surveillance fonctionne en permanence. En janvier 2026, le réseau Téléray comptait 484 balises réparties en métropole et outre-mer pour mesurer en temps réel le rayonnement gamma ambiant et repérer une situation anormale. Ce maillage privilégie la rapidité. Lorsqu’il faut comprendre plus finement ce qui se passe sur un territoire, d’autres instruments prennent le relais.

Les équipes peuvent embarquer des radiamètres et des spectromètres dans un avion, un hélicoptère ou un véhicule pour parcourir de larges surfaces. Plus près des habitations, drones, quads ou dispositifs portés à pied permettent de resserrer la cartographie. Des prélèvements d’air, d’eau, de sol ou de végétaux peuvent ensuite être analysés afin d’identifier et de quantifier les radionucléides présents. Parcourir rapidement une grande zone et caractériser précisément quelques points exigent donc des outils différents.

Un incident survenu en décembre 2024 à Bessines-sur-Gartempe, en Haute-Vienne, montre cette mécanique en action. Après un dysfonctionnement sur un site d’Orano manipulant du nitrate de thorium, des moyens mobiles ont mesuré le débit de dose gamma, réalisé des frottis et prélevé des sols autour du site. Les premières mesures n’ont révélé aucune radioactivité anormale. Les échantillons ont néanmoins été envoyés au laboratoire du Vésinet pour des analyses plus poussées, qui ont ensuite confirmé des niveaux compatibles avec l’environnement local. Une première réponse peut ainsi être disponible sur le terrain avant la confirmation plus précise du laboratoire.

Les résultats produits sur le terrain peuvent être rassemblés dans CRITER, l’outil cartographique de gestion de crise de l’ASNR. Il agrège les données de balises automatiques, des équipes qui mesurent sur place et des laboratoires. Il ne représente pas les projections calculées d’un éventuel panache radioactif : sa fonction est de montrer les mesures réellement obtenues. Ces données sont ensuite interprétées par le centre de crise de l’ASNR, installé à Fontenay-aux-Roses. Dans les Hauts-de-Seine, le siège de l’Autorité se trouve donc à Montrouge tandis que son centre de crise est implanté quelques kilomètres plus au sud.

La journée permettra aussi de passer de cette instrumentation professionnelle à OpenRadiation. Le projet est né dans le sillage de Fukushima, lorsque des citoyens japonais ont multiplié leurs propres mesures et leurs cartes de radioactivité. Avec un capteur compatible et un téléphone, chacun peut aujourd’hui publier une mesure géolocalisée. Mais à faible niveau de radioactivité, plusieurs minutes de comptage sont généralement nécessaires pour réduire l’incertitude et obtenir une mesure suffisamment fiable. Ces appareils ne sont par ailleurs pas adaptés à l’analyse des aliments ou de l’eau.

À Montrouge, l’intérêt des drones et des capteurs sera donc moins dans leur allure que dans ce qu’ils permettent de reconstituer ensemble : passer d’un phénomène invisible et de mesures dispersées à une carte sur laquelle une décision peut s’appuyer. Le public pourra voir cette chaîne le 10 octobre de 10 h à 18 h, avec une entrée libre et gratuite par le 11 rue Barbès.

Sources consultées
  1. Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotectionL’ASNR ouvre ses portes le 10 octobre 2026 à l’occasion de la Journée nationale de la résilience
  2. ASNR Recherche et expertiseRadioactivité et environnement : surveillance, expertise, recherche
  3. ASNR Recherche et expertiseLes moyens mobiles pour la mesure de la radioactivité dans l’environnement
  4. CRITERIntroduction
  5. ASNR Recherche et expertiseRésultats de mesures à proximité du site d’Orano à Bessines-sur-Gartempe
  6. OpenRadiationComment prendre une mesure ?