
Près de 90 œuvres, 25 artistes et plusieurs décennies de graffiti entrent ce samedi 3 octobre à la Maison Lorilleux. L’exposition « Aventure Urbaine », visible jusqu’au 29 novembre à Puteaux, part des pionniers américains et va jusqu’aux formes contemporaines de l’art urbain. La Ville annonce notamment un parcours où apparaissent Cornbread, TAKI 183 et Blade. Mais l’un de ses fils les plus intéressants passe beaucoup plus près : par La Défense, la gare de Puteaux et la ligne Paris-Saint-Lazare.
Ce fil est celui de Sino. Le graffeur putéolien commence à travailler la lettre au milieu des années 1980. Dans un entretien consacré à ses débuts, il raconte avoir découvert ses premiers graffitis « en vrai » sur la ligne Saint-Lazare, notamment à La Défense, où les fresques du collectif FBI deviennent pour lui une référence. Il peint ensuite lui-même dans ce secteur puis le long de la ligne. En 2017, Le Parisien le décrivait déjà comme l’un des graffeurs les plus influents de cet axe ferroviaire.
En août 2026, Darco, cofondateur du collectif FBI en 1986, expliquait à l’AFP que lui et d’autres graffeurs de cette génération peignaient notamment le long des voies ferrées de l’ouest parisien. L’endroit offrait un paradoxe idéal : assez à l’écart pour travailler, mais exposé ensuite au regard de milliers de voyageurs. Il situe le lien entre La Défense et cette culture dès le début des années 1980.
Le béton, les tunnels, les quais et les trains ont ainsi participé à la forme prise par cette scène locale. Pour un adolescent de Puteaux comme Sino, il n’était pas nécessaire d’aller à Paris pour découvrir ce que le graffiti pouvait produire : certaines fresques étaient déjà visibles à quelques stations de chez lui. L’exposition rejoint ainsi une histoire qui s’est aussi écrite sur ce territoire, où les murs et les voies ferrées ont servi à la fois de supports, de passages et de vitrines au graffiti francilien.
La Maison Lorilleux apporte un dernier écho. Le bâtiment appartenait autrefois à la famille Lorilleux, dont l’entreprise d’encres se trouvait à proximité. Devenu conservatoire puis espace d’exposition en 2020, il conserve encore des salles consacrées à cette histoire industrielle. Une culture fondée sur la couleur, la lettre et leurs supports entre ainsi dans une ancienne maison d’industriels de l’encre.
L’exposition se prolongera par plusieurs rendez-vous. Le samedi 10 octobre, Sino doit revenir à la Maison Lorilleux pour présenter son travail et son parcours, avec des initiations au scratch, au beatbox et à la customisation de bombes de peinture. Le graffeur retrouvera ainsi à Puteaux une exposition qui relie ses débuts locaux à plusieurs décennies d’histoire du graffiti.