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À Sèvres, les couleurs du Grand Paris sortent des terres du métro

Au JAD, Lucie Ponard présente le résultat d’un an de recherches sur des terres excavées du Grand Paris Express, transformées en pigments, peintures et pastels.

Illustration - Pigments tirés des terres du métro

À Sèvres, le sous-sol du Grand Paris tient désormais dans des pots de peinture et des bâtons de pastel. À partir de ce 18 septembre, le JAD présente « Chromatiques souterraines », aboutissement d’une année de recherches de la designer et céramiste Lucie Ponard sur des terres excavées des chantiers du Grand Paris Express. Le projet était encore présenté en 2025 comme une recherche visant notamment à mettre au point crayons et pastels. La restitution montre aujourd’hui des pigments, des peintures et des pastels effectivement réalisés à partir de ces terres.

Transformer une terre de chantier en couleur demande d’abord de la considérer autrement que comme une masse à évacuer. Dans des expérimentations antérieures de Lucie Ponard consacrées aux pigments naturels, la terre était pilée puis filtrée. Pour « Chromatiques souterraines », le JAD indique que les terres du métro sont récoltées puis traitées avant de devenir pigments, peintures et pastels, sans détailler la formulation précise des produits.

Cette diversité de couleurs prolonge plusieurs années de recherches de la designer sur des terres de provenances différentes. Son projet « Terres émaillées », présenté au Pavillon de l’Arsenal en 2022, avait déjà produit une centaine d’échantillons et de prototypes à partir de matériaux venus notamment de lignes de métro, de carrières de gypse et de chantiers de construction. Ces terres issues de provenances et de géologies différentes ont donné une palette variée dans ses recherches céramiques.

Lors des ateliers organisés au JAD, une grande cartographie collective associait chaque zone représentée aux pigments tirés de la terre correspondante. La couleur n’était donc pas seulement choisie pour peindre un territoire : elle provenait du sol de ce territoire.

L’expérience se situe pourtant à une échelle infime face au chantier qui lui fournit sa matière. Le Grand Paris Express doit produire environ 47 millions de tonnes de déblais. La Société des grands projets distingue leur valorisation en volume, par exemple dans des carrières ou des aménagements, de leur transformation en matériaux ou produits nouveaux. Fin 2025, elle indiquait que 75,8 % des terres issues de ses chantiers avaient été valorisées. « Chromatiques souterraines » n’a donc pas vocation à absorber des tonnages comparables : elle explore ce que peut valoir une petite quantité de terre lorsqu’on exploite précisément ses propriétés matérielles plutôt que son seul volume.

Lucie Ponard travaille au JAD de Sèvres, installé dans l’ancienne École nationale supérieure de céramique, et ses expériences sur les terres excavées prolongent plusieurs années de travail sur les émaux, les terres crues et les rebuts de chantier. Du 18 au 23 septembre, des couleurs tirées du sous-sol francilien y prennent la forme de peintures et de pastels, à quelques pas de la Manufacture de Sèvres.

Sources consultées
  1. Le Jardin des métiers d’Art et du DesignJournées européennes du patrimoine
  2. Pavillon de l’ArsenalTerres émaillées
  3. Société des grands projetsRapport intégré 2024
  4. Société des grands projetsUne feuille de route RSE pour un projet de développement durable