
Houda a déjà une ligne de métro derrière lui. En 2020, ce tunnelier de près de 10 mètres de diamètre a creusé 5,8 kilomètres de la ligne 16 du Grand Paris Express en Seine-Saint-Denis. Six ans plus tard, ses 2 000 tonnes viennent d’arriver à Gennevilliers, où la machine doit entamer une nouvelle campagne de 7 kilomètres pour la ligne 15 Ouest.
Cette seconde vie n’allait pas de soi. Un tunnelier de cette taille est construit autour d’un chantier précis : diamètre du tunnel, nature du sous-sol, pression rencontrée sous terre et organisation des travaux imposent leurs propres contraintes. Houda a donc été entièrement reconditionné dans les ateliers italiens de Webuild et adapté aux spécifications du nouveau marché. Le constructeur estime que cette remise en état permettrait de gagner environ douze mois par rapport à la fabrication d’une machine neuve.
Il a ensuite fallu faire parvenir le géant jusqu’aux Hauts-de-Seine. Ses éléments les plus lourds ont parcouru plus de 2 200 kilomètres par route, mer et voie fluviale depuis l’Italie. Douze pièces parmi les plus lourdes ont suivi cette chaîne logistique, dont la roue de coupe de 170 tonnes. À Gennevilliers, elles rejoignent l’ouvrage des Cabœufs, qui servira de base aux deux parcours successifs du tunnelier.
Le premier, long de 1,2 kilomètre, conduira Houda vers l’ouvrage Finot à Saint-Ouen. Pour le second, la machine repartira des Cabœufs vers Courbevoie et parcourra 5,8 kilomètres jusqu’au secteur du parc des Bruyères. Le creusement n’a pas encore commencé : le premier départ est annoncé pour l’automne 2026.
Le choix de Gennevilliers compte aussi pour ce qui sortira du tunnel. NGE et Webuild prévoient environ 500 000 m³ de terres excavées et annoncent que 80 % seront évacuées par péniche, soit l’équivalent de quelque 64 000 trajets de camions évités sur les routes franciliennes. Ce sont encore des objectifs de chantier. La proximité de la Seine permet cependant d’intégrer le transport fluvial directement à l’organisation du creusement.
Le réemploi de Houda montre surtout qu’un tunnelier de cette taille peut servir sur plusieurs chantiers, à condition de savoir le démonter, le transporter, le remettre aux bonnes spécifications et garantir son fonctionnement pour plusieurs nouveaux kilomètres.
À Gennevilliers, cette idée prend une forme difficile à manquer : plus de 100 mètres de long une fois assemblé, 2 000 tonnes, et un nouveau départ sous terre prévu à l’automne.