
Suresnes a confié à Dalkia l’exploitation et la transformation de son réseau de chaleur pour vingt-cinq ans. Le contrat, signé le 2 juillet, doit prendre effet le 1er septembre. Il ne prévoit pas seulement de remplacer le gaz par la géothermie : le réseau doit passer de 5,5 à 24 kilomètres et desservir près de trois fois autant de bâtiments.
Cette extension est la condition économique du projet. Une centrale géothermique, ses forages et les nouvelles canalisations exigent de lourds investissements avant de commencer à produire. Plus les clients raccordés sont nombreux et proches, plus ces équipements peuvent être amortis. La Ville compte notamment étendre le réseau vers la Cité-jardins à partir de 2027 et raccorder la plupart de ses bâtiments municipaux.
Dalkia connaît déjà les installations suresnoises par l’intermédiaire de Soclis, l’exploitant actuel. La nouveauté tient donc moins au nom de l’opérateur qu’à l’ampleur du programme. Créé dans les années 1980, le réseau repose sur des équipements arrivés à un âge où leur prolongation devenait difficile. Le schéma directeur établi en 2022 relevait des chaudières principales datant de 1980, âgées en moyenne de 34 ans, ainsi que des canalisations anciennes et peu rénovées. La fin du contrat de vente d’électricité associé à la cogénération au gaz obligeait également à revoir le modèle de production.
La Ville présente l’opération comme un programme de 80 millions d’euros. L’avis d’attribution mentionne, lui, une valeur de 193,05 millions d’euros pour l’offre de Dalkia, retenue face à une seconde proposition. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose. Le premier correspond au coût global annoncé pour les travaux et les équipements. Le second représente le chiffre d’affaires total hors taxes estimé de la concession sur vingt-cinq ans. Il ne s’agit donc pas d’une dépense de 193 millions d’euros supportée directement par la mairie.
L’opérateur devra concevoir, financer, construire puis exploiter les installations, avant de se rémunérer sur la chaleur vendue. La Ville prévoit un tarif moyen de 87 euros par MWh à compter de septembre, contre environ 155 euros actuellement, avec une révision annuelle liée à l’inflation. Ce prix pourrait encore baisser si le projet obtient une aide de l’Ademe. Il s’agit toutefois du tarif facturé à l’abonné du réseau, souvent un bailleur, une copropriété ou un équipement public, et non de la totalité des charges de chauffage acquittées par chaque ménage.
Reste une contrainte très suresnoise : où installer une importante production de chaleur dans une ville dense ? La centrale géothermique doit être enfouie sous la piste d’athlétisme du stade Maurice-Hubert. La Ville annonce une capacité maximale de 135 GWh par an. Une partie du stade, dont la piste, sera indisponible pendant environ un an autour de 2029, avant que les usages sportifs ne reprennent au-dessus des installations.
Le projet paraît cohérent avec l’âge du réseau et la rareté du foncier, mais son équilibre reposera sur les raccordements effectivement réalisés. Le verdict viendra à partir de 2027, dans les rues ouvertes pour poser les canalisations, puis dans les immeubles de la Cité-jardins et sous la piste du stade Maurice-Hubert.
Sources consultées
- Ville de SuresnesChauffer plus vert, plus sûr et moins cher
- Journal officiel de l’Union européenneDélégation de service public pour la production, le transport et la distribution de chaleur
- Ville de Suresnes, SAGE Énergie, PFL et Ravetto AssociésSchéma directeur du réseau de chaleur de Suresnes
- France Chaleur UrbaineRéseau de chaleur de Suresnes, identifiant 9222C
- LégifranceCode de la commande publique, article R3121-1