
À Nanterre, l’ancien site des Papeteries de la Seine ne donne pas seulement naissance au campus de bureaux Arboretum. Depuis début juillet, il accueille aussi 3,8 hectares de plus pour le parc départemental du Chemin-de-l’Île, avec un jardin public ouvert entre le quartier République, les berges de Seine et l’ancien monde industriel du papier.
La surface paraît modeste sur une carte. Elle compte davantage quand on regarde où elle se trouve. Dans les Hauts-de-Seine, surtout près de La Défense, les grands terrains libres n’existent presque pas. Chaque hectare disponible a déjà une histoire, un propriétaire, une pollution possible, une valeur immobilière, une infrastructure voisine ou une promesse de programme. Aux Papeteries, l’usine a cessé son activité en 2011. Le site de 17 hectares a été racheté en 2015 par le groupement WO2 et BNP Paribas Immobilier, puis intégré en 2016 à la ZAC des Papeteries portée avec la Ville de Nanterre.
Le Jardin des Papeteries est la part publique de cette reconversion. Il prolonge le parc du Chemin-de-l’Île avec 2,2 hectares aménagés sur l’ancienne emprise industrielle, auxquels s’ajoutent 1,6 hectare réaménagé provisoirement dès 2012. L’État finance 80 % des travaux de cette nouvelle phase par le Fonds vert, au titre du recyclage foncier des friches. Le coût total n’a pas été rendu public.
Ce n’est donc pas seulement un jardin ajouté à un quartier neuf. C’est la part visible d’un accord d’aménagement : des bureaux et services d’un côté, un accès public au fleuve de l’autre, et entre les deux une tentative de transformer une ancienne limite industrielle en passage. Les nouvelles allées relient le jardin au parc existant. Une butte devient belvédère sur la Seine. Les anciens silos décanteurs accueillent des mares et des prairies humides. Des plantes papyrifères rappellent l’usage du site sans transformer l’endroit en décor de mémoire.
Le choix s’inscrit dans l’histoire du Chemin-de-l’Île. Ouvert en 2006 sur une friche urbaine, ce parc a été conçu avec une chaîne d’eau particulière : l’eau de Seine est pompée, filtrée par des bassins végétalisés, utilisée pour l’arrosage puis renvoyée vers le fleuve. Le nouveau jardin reprend cette logique. Ici, la nature ne se résume pas à des plantations. Elle suppose un sol récupéré, une eau organisée, un entretien public et une continuité piétonne assez lisible pour traverser les morceaux de ville construits autour d’elle.
L’opération donne un visage local à la stratégie Nature 2026-2030, adoptée par le Département avec l’objectif de créer 20 hectares supplémentaires d’espaces de nature, de développer une Promenade verte d’environ 50 kilomètres et de planter 30 000 arbres. À Nanterre, ces chiffres prennent une forme précise : récupérer des friches, raccorder des parcs, retrouver des berges et faire passer le public dans des lieux longtemps fermés ou morcelés. Le prochain morceau annoncé, le Delta Vert, doit prolonger cette couture vers l’axe historique de La Défense et les Terrasses de Nanterre.
La limite du lieu reste elle aussi concrète. Le bâtiment des Pompes, qui servait autrefois à puiser l’eau de Seine pour alimenter l’usine, demeure fermé. Le Département évoque des études complémentaires pour conserver la partie la plus ancienne, dotée d’une grande verrière. Pour l’instant, la transformation se joue dehors : là où l’usine bordait le fleuve, Nanterre gagne un passage, des mares, une prairie et un nouveau morceau de parc.
Sources consultées
- Département des Hauts-de-SeineLa reconquête écologique du Jardin des Papeteries
- Département des Hauts-de-SeineInauguration du Jardin des Papeteries, parc départemental du Chemin de l’Île à Nanterre
- ArboretumHistoire du lieu
- Département des Hauts-de-SeineUn « pacte territorial » pour la nature
- Département des Hauts-de-SeineRéhabilitation des berges du Parc du Chemin-de-l’Île, Nanterre