À Nanterre, le futur Campus du Parc du Pôle Léonard de Vinci ne se résumera pas à 18 000 m² neufs ou réhabilités. Il devra surtout prouver qu’un campus privé, installé aux portes de La Défense, peut produire autre chose que de la capacité d’accueil : des étudiants capables de circuler entre ingénierie, management, création numérique et usages de l’intelligence artificielle.
C’est dans ce moment que De Vinci Higher Education a annoncé, le 12 juin 2026, la nomination de Thierry Delécolle comme directeur général. L’information ressemble d’abord à une affaire de gouvernance. Elle prend du relief avec le chantier de rentrée : le Campus du Parc doit accueillir ses premiers étudiants en septembre 2026, sur le site de l’ancienne école d’architecture de Nanterre, avec jusqu’à 4 500 étudiants simultanément, environ 260 collaborateurs, des salles modulables, des laboratoires, un FabLab, des studios et des espaces pensés pour le travail en commun.
La difficulté est là. Dans les entreprises, les besoins en IA et en cybersécurité montent vite. Elles ne cherchent pourtant pas seulement des spécialistes enfermés dans leur seule compétence, ni des commerciaux capables de répéter trois mots à la mode. Elles ont besoin de gens qui comprennent un cas d’usage, une contrainte de sécurité, une donnée client, un produit, une règle, un budget, et qui savent faire travailler ensemble ceux qui maîtrisent chacun un morceau du problème.
Le voisinage rend ce pari moins abstrait. La CCI Paris Île-de-France présente La Défense comme le premier quartier d’affaires européen, avec 3 600 entreprises, 1 500 sièges sociaux et 180 000 salariés. Les activités financières, industrielles, numériques et de conseil y forment un bassin d’emploi où l’innovation est souvent une affaire d’intégration : mettre de l’IA dans un processus, sécuriser un système, automatiser sans perdre le contrôle, transformer une idée technique en service utilisable.
De Vinci dispose déjà de la matière première pour tenter ce mélange. Le Pôle annonce 10 500 étudiants et apprenants en 2024-2025, 3 700 alternants, 1 400 étudiants en double diplôme et 500 permanents, dont 200 enseignants et enseignants-chercheurs. Sous la même bannière cohabitent l’EMLV pour le management, l’ESILV pour l’ingénierie, l’IIM pour le digital et De Vinci Executive Education pour la formation continue.
Les annonces récentes dessinent les compétences visées. À l’ESILV, le parcours Aerospace & Defense devient à la rentrée 2026 une majeure Aérospatial & Défense, portée de 270 à 450 heures annuelles, avec un volet Digital Sovereignty & Defense. À l’IIM, un mastère AI Marketing Strategy doit former en alternance des Bac+5 capables de manier data marketing, automatisation, prompting, cadre juridique et pilotage de projet. Ce ne sont pas des percées technologiques. Ce sont des briques de formation pour des métiers d’interface.
Le marché pousse dans ce sens. L’OPIIEC estime que 64 % des entreprises de sa branche utilisent déjà des solutions d’IA et que 88 % prévoient d’y recourir d’ici trois ans. La stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 met aussi la formation parmi les leviers pour faire grandir le vivier français de talents cyber.
Reste la preuve. Le Pôle ne publie pas, pour ces nouveaux dispositifs, d’indicateur indépendant sur l’insertion, les employeurs partenaires ou les résultats des promotions à venir. Et le privé lucratif est désormais regardé de près par l’État, après un rapport sévère sur la qualité et la transparence d’une partie du secteur. À Nanterre, le test sera donc simple à observer : en septembre 2026, le Campus du Parc devra montrer que ses murs rapprochent vraiment étudiants, écoles et entreprises, au bord de La Défense.
Sources consultées
- Pôle Léonard de VinciThierry Delécolle nommé Directeur Général de De Vinci Higher Education
- Pôle Léonard de VinciLe Campus du Parc
- Pôle Léonard de VinciChiffres-clés
- CCI Paris Île-de-FranceLe quartier d’affaires de La Défense
- OPIIECLes besoins en compétences, emplois et formation en matière d’intelligence artificielle en France
- Direction générale des EntreprisesLa Stratégie nationale de cybersécurité pour 2026-2030