Aux Raguidelles, Suresnes ne prépare pas un simple coup de neuf. La Ville vient d’engager le concours de maîtrise d’œuvre du futur centre aquatique et sportif, rue des Tourneroches, avec démolition, reconstruction et une mise en service visée à l’horizon 2030.
Le chiffre donne l’échelle : 29,9 millions d’euros hors taxes pour les travaux de démolition et de reconstruction. Le programme annoncé prévoit des espaces aquatiques couverts, des aires extérieures de jeux, un solarium, des salles d’activités sportives et des espaces de bien-être. La capacité maximale des bassins doit presque doubler, de 386 personnes aujourd’hui à 750 à terme. Avant cela, il faudra passer par le désamiantage, puis environ deux ans de chantier.
Le concours lancé aujourd’hui ne choisit pas encore les entreprises de travaux. Il sert à sélectionner l’équipe d’architectes et d’ingénieurs qui transformera le programme en bâtiment. Pour un équipement comme celui-là, ce n’est pas une formalité : la forme du futur centre décidera de la manière dont on chauffe les bassins, dont on ventile les salles, dont on absorbe les flux scolaires, les clubs du soir et les usages familiaux du week-end.
Les Raguidelles ne sont pas qu’une piscine. Le centre sportif accueille aujourd’hui natation, plongée, handball, badminton, arts martiaux, gymnastique d’entretien, capoeira ou roller. C’est un équipement d’horaires, presque autant qu’un équipement de béton : des créneaux scolaires, des entraînements, des vestiaires, des associations, des familles et des agents municipaux qui font tenir l’ensemble.
Le chantier se jouera aussi avec l’école voisine. Dans son budget 2026, Suresnes inscrit le projet dans un ensemble plus large : rénovation thermique et énergétique du groupe scolaire des Raguidelles, création du nouveau centre aquatique et sportif, un million d’euros pour les études et la maîtrise d’œuvre, et une rentrée 2030 annoncée pour l’ensemble. Pendant les travaux, l’école doit être déplacée provisoirement vers le centre des Landes, de septembre 2028 à l’été 2030.
Le diagnostic complet du bâtiment actuel n’a pas été publié. Mais les documents disponibles montrent un site déjà repris plusieurs fois par le volet énergétique : chaudière bois en 2011, solaire thermique en 2012, puis travaux décidés après audit pour remplacer notamment les façades vitrées de la piscine et les menuiseries du gymnase et du dojo lors des étés 2018 et 2019. Le site a donc déjà fait l’objet de corrections techniques avant cette reconstruction plus large.
Ce n’est pas propre à Suresnes. Les piscines publiques sont parmi les bâtiments communaux les plus difficiles à faire vivre : elles consomment beaucoup d’énergie, beaucoup d’eau, et leur parc vieillit. Le Cerema estime qu’elles peuvent représenter jusqu’à 10 % de la consommation énergétique totale d’une commune équipée, avec une consommation par mètre carré plusieurs fois supérieure à celle d’un bâtiment tertiaire classique. Dans ces conditions, agrandir une piscine revient aussi à poser une question de fonctionnement pour vingt ou trente ans.
Suresnes lie explicitement le futur centre à son plan de développement durable, avec un raccordement annoncé au futur réseau de chaleur urbain. Ce réseau, confié à Dalkia pour vingt-cinq ans, doit passer de 5,5 à 24 kilomètres et raccorder à terme la quasi-totalité des bâtiments municipaux, avec une géothermie prévue sous le stade Maurice-Hubert. Pour les Raguidelles, l’équation sera donc double : accueillir davantage d’usagers, sans enfermer le bâtiment dans des coûts de chauffe trop difficiles à tenir.
Le montant est élevé, le calendrier long, et le détail du futur projet n’est pas encore connu. Mais la logique apparaît : Suresnes ne remplace pas seulement une piscine vieillissante par une piscine plus agréable. La commune rassemble dans un même chantier un service public où l’école, le sport, l’énergie et les finances municipales se croisent chaque semaine, au 27 rue des Tourneroches.