À Bagneux, le concours d’architectes du futur lycée des Mathurins est arrêté. L’avis publié le 6 juin ne lance pas une nouvelle étape : il acte au contraire que la procédure est déclarée sans suite, sans lauréat, en raison de la présence d’une importante pollution dans le sous-sol du terrain.
Le projet n’était pas symbolique. Il prévoyait un lycée neuf de 1 220 places, environ 10 000 m² de surface utile et 3 500 m² d’espaces extérieurs dans l’avis de concours. Dans sa fiche programme de 2023, la Région chiffrait l’opération à 65 millions d’euros TTC, dont 8 millions pour les études.
Le besoin, lui, n’a pas disparu avec l’arrêt du concours. Le lycée de Bagneux figurait déjà dans le plan régional de 2017 pour créer 21 600 places nouvelles dans les lycées franciliens, dont 1 200 dans le sud des Hauts-de-Seine. La fiche régionale de 2023 décrivait un secteur sous pression démographique, avec des établissements locaux saturés, et présentait Bagneux comme un point de rééquilibrage pour soulager notamment Maurice-Genevoix à Montrouge et Jacques-Monod à Clamart.
Bagneux compte 43 647 habitants en 2022, avec une population encore en hausse, et ne dispose que d’un lycée professionnel, Léonard-de-Vinci, pour trois collèges selon le programme régional. Un lycée général et technologique y serait donc un équipement de vie quotidienne, pas un supplément d’image.
Mais aux Mathurins, le terrain a une mémoire lourde. L’ancien site de Thomson, Thales puis de la Direction générale de l’armement est en reconversion en nouveau quartier de 16 hectares, avec logements, emplois, parc, groupe scolaire, gymnase et lycée annoncé. L’idée urbaine est claire : transformer une enclave industrielle et militaire en morceau de ville. Le problème est tout aussi clair : une friche ne devient pas un terrain scolaire par simple décision.
L’avis de l’autorité environnementale de 2018 décrivait déjà un site presque entièrement situé au-dessus d’anciennes carrières de gypse, avec fontis et affaissements. Il signalait aussi des métaux lourds dans les remblais, des impacts en PCB et hydrocarbures, des pollutions d’eaux souterraines et des anomalies dans les gaz des sols. La Région elle-même mentionnait en 2023, parmi les points de vigilance, l’état des sols et une pollution à vérifier.
La décision d’arrêter le concours peut donc se lire comme une prudence sanitaire nécessaire. Un lycée n’est pas un immeuble banal : il accueille chaque jour des adolescents, des enseignants, des agents, des équipes techniques, parfois pour des décennies. Mais ce motif arrive tard dans un dossier où les contraintes du site étaient déjà connues.
La Ville conteste cet arrêt. Elle affirme qu’un programme de dépollution était travaillé avec la Région, l’Agence régionale de santé et les services de l’État, qu’elle s’était engagée à prendre en charge l’intégralité du coût de dépollution, et que le terrain devait être cédé à la Région à titre gratuit. Début mai, elle indiquait aussi que le dialogue avait repris avec la Région, tout en évoquant des garanties nouvelles demandées sur la parcelle des Mathurins.
Le choix réel est désormais brutalement pratique : sécuriser ce site, avec les garanties nécessaires, ou trouver ailleurs dans Bagneux une parcelle capable d’accueillir un lycée de 1 200 places. Dans une ville dense, au sud des Hauts-de-Seine, ce n’est pas un détail de plan.
Aucun nouveau calendrier solide n’est aujourd’hui public. Pour les familles balnéolaises, la conséquence reste plus simple que le dossier : le lycée attendu existe dans les programmes et les délibérations, mais pas encore dans la ville.
Sources consultées
- France Marchés / BOAMPConcours de maîtrise d’œuvre pour l’opération de construction d’un lycée neuf à Bagneux (92), avis de résultats de concours n°26-55258
- Région Île-de-FranceDélibération n°CP 2023-337
- Ville de BagneuxCommuniqué de la Municipalité
- Ville de BagneuxO’Mathurins
- MRAe Île-de-France / DRIEATAvis de la MRAe sur le projet de requalification du site des Mathurins à Bagneux
- INSEEComparateur de territoires, commune de Bagneux