À La Seine Musicale, le grand prix 2026 de Made in 92 est allé à une entreprise de Neuilly-sur-Seine qui vend une idée simple à raconter et difficile à exécuter: partager un même satellite entre plusieurs missions spatiales.
SpaceLocker appelle cela une « colocation de l’espace ». Pour un concours départemental d’entrepreneuriat, l’image est efficace. Elle dit aussi quelque chose de plus terrestre: dans les Hauts-de-Seine, un prix comme Made in 92 sert moins à distribuer des chèques qu’à ouvrir des portes.
La dixième édition, organisée le 20 mai, a réuni 680 candidatures, 16 finalistes et sept prix, dotés de 1 500 à 10 000 euros. Depuis sa création par le Département et la chambre de commerce et d’industrie des Hauts-de-Seine, les organisateurs revendiquent 3 900 candidatures et 65 lauréats accompagnés.
Rapportés à l’économie locale, ces chiffres gardent leur mesure. L’Insee a compté 38 171 créations d’entreprises dans les Hauts-de-Seine en 2025. Le concours ne représente donc pas tout l’entrepreneuriat du 92. Il en sélectionne une petite partie, la met sur scène et lui donne un premier signal de reconnaissance.
Ce signal peut compter. Haveagooday, lauréat 2020 à Boulogne-Billancourt, met aujourd’hui en avant plus de 350 collaborateurs. Fairbrics, primé ensuite à Clichy, a depuis levé des financements importants pour industrialiser sa technologie de transformation du CO2 en polyester. Made in 92 n’a pas fabriqué ces trajectoires. Il a plutôt repéré des entreprises capables de les porter publiquement.
Le palmarès 2026 montre aussi un 92 moins uniforme que son image de territoire de sièges et de tours. On y trouve des satellites partagés à Neuilly, une application pour proches aidants à Courbevoie, de la chocolaterie à Clamart et Issy-les-Moulineaux, de la santé mentale au travail à Antony, des jeux de société d’introspection à Neuilly.
Derrière le mot « innovation », commode mais vite usé, il y a donc des besoins assez ordinaires: se soigner, travailler mieux, accompagner un proche, vendre, produire autrement, trouver des clients.
Après dix ans, la question utile n’est plus seulement de compter les candidatures. Elle est de savoir quels lauréats tiennent dans la durée, quelles communes reviennent le plus souvent, et si les entrepreneurs les moins connectés accèdent eux aussi à cette scène.
Pour une jeune entreprise du 92, Made in 92 vaut surtout comme raccourci vers un écosystème. Certaines portes donnent sur un bureau, d’autres sur une chocolaterie. Cette année, l’une d’elles donnait même sur l’orbite basse.