À Gennevilliers, le lancement de l’atlas de biodiversité passe aussi par un cimetière. Ce n’est pas le premier lieu auquel on pense pour parler du vivant. Et c’est une bonne porte d’entrée.
Boucle Nord de Seine lance son Atlas de la biodiversité intercommunale avec une réunion publique organisée mercredi 20 mai, à 16h, au siège de l’établissement public territorial, 1 bis rue de la Paix, à Gennevilliers. La démarche doit ensuite se poursuivre par un inventaire participatif d’espèces, avec l’appui d’un bureau d’études spécialisé. La ville de Clichy cite notamment le cimetière de Gennevilliers, labellisé Refuge LPO et EcoJardin, parmi les lieux d’observation possibles.
Le choix dit bien l’enjeu. Dans le nord des Hauts-de-Seine, la biodiversité ne se limite pas aux grands parcs. Elle se trouve aussi dans une allée moins minérale, une haie, une friche, une berge, un coin de sol que la ville n’a pas entièrement fermé. À Gennevilliers, le cimetière compte plus de 30 000 m² de surfaces plantées, des allées déminéralisées, une gestion sans produits phytosanitaires, des nichoirs et des abris pour la faune. Ce n’est pas un décor vert. C’est un morceau de ville qui accueille déjà autre chose que des usages humains.
L’atlas couvrira les sept communes de Boucle Nord de Seine: Argenteuil, Asnières-sur-Seine, Bois-Colombes, Clichy-la-Garenne, Colombes, Gennevilliers et Villeneuve-la-Garenne. Plus de 460 000 habitants vivent sur ce territoire serré entre Paris, La Défense, Plaine Commune, la Seine, les infrastructures, les zones d’activité et les quartiers résidentiels. Ici, l’inventaire du vivant n’est pas un supplément vert. Il sert à mieux savoir ce que l’on risque d’effacer, d’isoler ou de renforcer quand on aménage.
C’est la partie utile de l’atlas: passer de la “nature en ville” à des lieux précis, des espèces, des continuités, des sols, des mares, des arbres et des berges. Boucle Nord de Seine l’inscrit d’ailleurs dans son Plan Nature territorial 2024-2027, avec un budget annoncé de 245 000 euros. L’objectif est de nourrir les connaissances locales, de former aux sciences participatives et d’aider à mieux intégrer le vivant dans les choix publics.
Le calendrier compte aussi. Le plan local d’urbanisme intercommunal s’applique depuis juillet 2025. Autrement dit, le territoire dispose déjà de ses grandes règles d’aménagement. L’atlas ne va pas réécrire la ville à lui seul. Mais il peut obliger les projets à mieux composer avec des réalités que les cartes classiques regardent mal: une mare, une zone d’ombre, un alignement d’arbres, une friche habitée par des insectes ou des oiseaux.
La Seine donne l’autre fil du sujet. Le Plan Nature la présente comme l’axe principal de la trame bleue locale, utile aux oiseaux, aux chauves-souris, aux poissons, aux insectes et au déplacement des graines. Il signale aussi que les mares restent peu nombreuses sur le territoire. Dans un département où La Clé Publique a déjà suivi la question des arbres à La Défense, l’atlas ajoute une autre lecture: il ne suffit pas de planter ou de préserver des espaces verts, il faut comprendre ce qui relie les morceaux de vivant entre eux.
Si les habitants s’en saisissent, l’intérêt sera aussi plus simple: apprendre à regarder son quartier autrement. Une plante spontanée, une chauve-souris, une mare ou un oiseau nicheur ne gagnent pas un arbitrage d’urbanisme par magie. Mais une fois repérés, nommés et cartographiés, ils deviennent plus difficiles à oublier. Dans une ville dense, c’est déjà une petite victoire. Même pour une haie.