À Nanterre, la recherche ne se limite pas aux bibliothèques, aux colloques et aux mots compliqués. Elle peut partir de Fukushima, de La Hague, d’un laboratoire de génétique. Elle peut aussi suivre la manière dont les violences de genre passent de l’expérience vécue à l’action associative, au droit et aux politiques publiques.
Deux chercheuses liées à l’Université Paris Nanterre seront distinguées par le CNRS en 2026. Sophie Houdart, anthropologue au Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative, recevra une médaille d’argent. Pauline Delage, sociologue au Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris, recevra une médaille de bronze.
Leurs terrains sont différents, mais ils ont un point commun simple : ils obligent à regarder de près ce que les grands mots cachent parfois. Chez Sophie Houdart, les sciences, les techniques, le nucléaire ou les catastrophes ne sont pas seulement des sujets d’experts. Ce sont des mondes habités, racontés, organisés, traversés par des gestes et des silences. Chez Pauline Delage, les violences de genre ne sont pas seulement une cause publique. Elles sont aussi un objet d’enquête : comment une société apprend à les nommer, à les mesurer, à les traiter, parfois trop lentement.
Pour Paris Nanterre, ces médailles déplacent utilement le regard. Le campus est souvent raconté par ses controverses, ses prises de position ou ses tensions politiques. La Clé l’a fait récemment à propos de la défense des chercheurs de Paris Nanterre face à la caricature politique. Mais l’université est aussi l’un des grands lieux de recherche du département, avec 41 unités, dont 14 unités mixtes avec le CNRS.
Dans les Hauts-de-Seine, où l’on parle plus volontiers de sièges sociaux, de tours, de foncier ou de grands équipements, cela compte. Une partie du travail intellectuel du territoire se fabrique aussi là : dans des enquêtes longues, des séminaires, des archives, des entretiens, des terrains qui n’ont rien de spectaculaire au premier regard.
Une médaille du CNRS ne change pas le RER à Nanterre-Université, ni la vie quotidienne d’un habitant de Colombes ou de Suresnes. Elle signale autre chose : la présence, dans le département, de chercheuses qui donnent des outils pour mieux comprendre des sujets déjà présents dans le débat public, mais souvent mal regardés.
C’est une contribution locale discrète. Pas de ruban coupé, pas de grande plaque inaugurale. Juste du travail patient, qui aide parfois à mettre les bons mots sur le réel. Vu l’état du débat public, ce n’est déjà pas rien.