Un atelier sur les services à la personne, une formation préparée avec une entreprise, quelques heures de travail obtenues grâce à un marché public: dans les Hauts-de-Seine, le retour vers l’emploi ne commence pas toujours par une embauche. Il commence souvent par une marche plus modeste, mais plus décisive qu’elle n’en a l’air.
Le rapport annuel 2025 d’ActivitY’, l’agence d’insertion commune aux Hauts-de-Seine et aux Yvelines, permet de voir une partie de ce chemin. Dans le 92, l’agence dit avoir accompagné 1 443 personnes pour lever des freins à l’emploi, découvrir des métiers ou rencontrer des entreprises. Elle recense aussi 1 506 accès à un emploi de transition, par les clauses sociales, les Parcours emploi compétences ou les structures d’insertion par l’activité économique.
Le chiffre le plus parlant est peut-être celui des clauses sociales. En 2025, elles ont généré 243 420 heures d’insertion dans les Hauts-de-Seine. Concrètement, cela signifie que des marchés publics ont réservé une part du travail à des personnes éloignées de l’emploi. ActivitY’ indique que 447 personnes ont été recrutées dans ce cadre par 162 entreprises.
Le bilan donne aussi quelques prises plus fines. Les pôles d’orientation ont réuni 551 participants, dont 261 dans les services à la personne. Le parcours préparatoire par le sport, mené avec des entreprises comme la RATP ou Domitys, a fait entrer 43 personnes en formation et déjà permis 28 recrutements. Les Parcours emploi compétences ont concerné 140 allocataires du RSA, avec 37 % de retours vers un emploi durable ou une formation qualifiante.
Ces résultats ne racontent pas une révolution. Ils racontent plutôt un travail de couture. Dans un département où France Travail recense 66 290 projets de recrutement pour 2026, dont 37,2 % jugés difficiles, le problème n’est pas seulement de trouver des offres. Comme nous l’avons montré dans notre article sur les métiers qui recrutent vraiment dans le 92, l’enjeu est de faire arriver les bonnes personnes jusqu’aux bons postes, avec les compétences, la mobilité et la confiance nécessaires.
Le rapport est plus convaincant lorsqu’il reste sur ce terrain concret. Santé, logement, garde d’enfant, numérique, formation: avant de parler contrat, il faut parfois régler ce qui empêche simplement de tenir un rendez-vous, suivre une formation ou accepter des horaires. Le Programme départemental d’insertion 2024-2026 va dans le même sens: l’emploi ne se décrète pas au bout d’un formulaire.
Reste l’angle mort. ActivitY’ compte bien ce qui est mis en mouvement: personnes suivies, heures d’insertion, recrutements de transition, actions avec les entreprises. Le bilan dit moins clairement ce qui tient après. Combien de personnes restent en emploi six mois plus tard? Quels parcours fonctionnent le mieux? Quels freins résistent encore dans le 92? Quelles communes profitent le plus des dispositifs?
Le bilan 2025 ne donne donc pas une réponse complète sur l’efficacité de l’insertion dans les Hauts-de-Seine. Il montre en revanche que les passerelles existent, qu’elles commencent à produire des résultats mesurables, et que l’argent public finance des passerelles concrètes, pas seulement des intitulés de dispositifs. La prochaine question est simple: après la passerelle, combien traversent vraiment?