Le convoi mesurait 53 mètres. Sur les 5,7 derniers kilomètres, il a avancé de nuit, guidé à pied, pour rejoindre le poste électrique RTE d’Arrighi, à Vitry-sur-Seine. Avant cela, le transformateur de 167 tonnes avait voyagé dix jours par voie fluviale depuis Nimègue, aux Pays-Bas, jusqu’à Ivry-sur-Seine.
L’opération s’est jouée plus au sud, dans le Val-de-Marne. Mais elle éclaire directement une fonction que Gennevilliers possède à grande échelle: donner au fleuve un rôle très concret quand la route devient trop contrainte.
Pour un colis hors gabarit, le problème n’est pas seulement le poids. Il faut un quai capable de recevoir la charge, une grue, de la place pour manœuvrer, puis un itinéraire routier compatible avec les ponts, les virages, les réseaux et les horaires. Dans l’exemple cité par HAROPA Port, le transbordement prévu à Tolbiac a dû être déplacé à Ivry à cause des dimensions du pont National. Un pont peut donc décider de tout le trajet.
C’est là que Gennevilliers compte. Le port occupe 401 hectares, accueille plus de 250 entreprises et fait travailler plus de 8 000 personnes. Il met en relation la Seine, le rail et les grands axes routiers du nord-ouest francilien. HAROPA y identifie aussi des quais adaptés aux colis hors gabarit, notamment le terminal de Paris Terminal et le quai public QPS Quai haut.
Ces noms ne parlent pas forcément aux habitants de Gennevilliers, Villeneuve-la-Garenne ou Asnières. Pourtant, ils disent quelque chose de très local: dans un département dense, où chaque grand chantier ou équipement industriel finit vite par se frotter aux rues, aux ponts et aux riverains, garder des points de passage par le fleuve n’a rien d’anecdotique.
Le fluvial ne supprime pas le camion. Il réduit sa part au moment le plus sensible: les derniers kilomètres, quand il faut traverser la ville avec un chargement que les carrefours, les ponts et les réseaux n’ont pas été conçus pour laisser passer facilement. Il demande aussi de l’anticipation, des engins spécialisés et des quais disponibles. Ce n’est pas magique. C’est une autre manière d’organiser la contrainte.
Après la navette fluviale entre Gennevilliers et Limay, le sujet n’est donc pas seulement de savoir si la Seine peut reprendre des flux réguliers à la route. Elle sert aussi à absorber les cas difficiles, ceux que personne ne remarque quand l’opération est bien préparée.
Le port de Gennevilliers sert aussi à cela: faire passer par l’eau ce que la ville supporterait mal sur toute la longueur du trajet.