Pour rejoindre l’Hôtel de Ville de Nanterre, il faut encore composer avec une logique de dalle. Les services municipaux sont là, au cœur de la ville, mais le chemin n’est pas évident. Depuis la rue du 8-Mai-1945, aucun accès direct ne mène aujourd’hui au parvis. Les parcours piétons contournent, montent, traversent un morceau d’urbanisme des années 1970 où la voiture et les niveaux séparés ont longtemps dicté la forme des lieux.
C’est ce secteur que le nouveau cadre d’urbanisme permet désormais de reprendre. L’enquête publique s’est tenue du 16 septembre au 15 octobre 2025. Le conseil de territoire de Paris Ouest La Défense a approuvé la déclaration de projet le 9 décembre 2025. La consultation est donc terminée. Le cadre, lui, est adopté.
Le projet vise d’abord une chose très simple: rendre la mairie plus accessible et plus lisible. Il prévoit de nouveaux cheminements depuis la rue du 8-Mai-1945, une meilleure entrée depuis l’avenue Joliot-Curie et une reconnexion du pôle administratif au quartier. Avec l’arrivée prévue du tramway T1 et la transformation de l’avenue Joliot-Curie, cette question n’a rien d’un détail technique. Une mairie doit pouvoir se trouver, se traverser, s’atteindre sans connaître déjà le mode d’emploi des lieux.
Le projet ne touche pas seulement aux accès. Il change aussi ce que l’on met dans les bâtiments et autour d’eux. La tour 64, vacante depuis 2016, doit être transformée en logements étudiants. L’ancien restaurant interentreprises et des commerces sous dalle doivent laisser place à environ 130 logements et à un rez-de-chaussée commercial plus visible depuis la rue. Un autre emplacement doit accueillir environ 70 logements, un équipement socio-culturel en rez-de-chaussée et un espace vert public d’environ 2 000 m². Un groupe scolaire d’environ 16 classes est également prévu.
Dans ce dossier, le règlement descend vite au niveau du trottoir: où l’on marche, où l’on gare les voitures, où l’on plante, où l’on construit. Une partie des grands espaces de stationnement extérieurs doit être repositionnée en sous-sol. Le dossier annonce environ 5 000 m² de pleine terre pour désimperméabiliser et végétaliser ce secteur aujourd’hui très minéral.
Les arbres restent le point sensible. Le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable, mais avec une réserve sur la suppression de la protection de trois arbres remarquables. Paris Ouest La Défense maintient cette suppression dans la délibération, tout en précisant qu’elle ne vaut pas abattage automatique. Un arbre aurait de fortes chances d’être conservé, un autre dépendra des futurs accès, et le troisième doit encore être analysé. Dans un quartier exposé à la chaleur urbaine, trois grands arbres ne sont pas un sujet décoratif.
L’autorité environnementale avait aussi demandé une attention particulière aux sols, au bruit, à l’air et aux effets de chaleur. Le périmètre comprend notamment un ancien site industriel, proche de l’avenue Joliot-Curie, axe exposé aux nuisances. Le projet promet de mieux relier, végétaliser et habiter ce secteur. Il devra donc montrer, au fil des études et des chantiers, que la transformation améliore vraiment les usages, les sols et le confort du secteur.
Deux contributions seulement ont été déposées pendant l’enquête publique, toutes deux le dernier jour, par des membres de l’association Naturellement Nanterre. Pour un projet qui touche à une mairie, des logements, une école, des commerces, des arbres et des espaces publics, le chiffre est frappant. Il ne mesure pas forcément l’intérêt réel des habitants. Il mesure au moins la difficulté de rendre ces procédures lisibles au moment où elles décident de lieux très quotidiens.
Dans les Hauts-de-Seine, les règles d’urbanisme bougent souvent par petites touches, comme La Clé Publique l’avait déjà observé dans son article sur les PLU de Neuilly, Nanterre et Malakoff. Ici, le changement se comprend plus facilement: il s’agit de savoir si l’Hôtel de Ville restera un bâtiment posé sur sa dalle, ou s’il redeviendra un morceau de ville que l’on rejoint naturellement, depuis la rue.