Rue des Goulvents, à Nanterre, la future Maison de l’Avenir promet d’éviter une chose très concrète à des adolescents placés: devoir changer d’adresse pour chaque besoin. Dormir ici. Voir un professionnel ici. Reprendre un devoir ici. Faire du sport, découvrir un métier, tenir un rendez-vous de soin sans repartir aussitôt vers une autre porte.
La première pierre a été posée mercredi 6 mai. Le Département des Hauts-de-Seine annonce une ouverture en 2027 et un investissement de 9,2 millions d’euros. Le projet vise environ 70 jeunes de 12 à 18 ans confiés à l’aide sociale à l’enfance ou concernés par une mesure éducative. Il repose sur deux usages: 29 places pour dormir sur place et 40 places d’accueil de jour.
Cette précision compte. La Maison de l’Avenir ne sera pas un refuge généraliste, ni une réponse à toutes les situations d’urgence sociale du 92. Elle s’adresse à des adolescents déjà suivis, pour lesquels le placement ne suffit pas toujours. À cet âge, protéger veut aussi dire garder un lien avec l’école, trouver un adulte régulier, accéder au soin psychologique quand il le faut, ouvrir une piste professionnelle avant que l’horizon se rétrécisse.
Le projet existe déjà en petit format. Un pavillon de préfiguration a ouvert à Nanterre en 2024, géré par le Groupe SOS. Il compte huit places en maison d’enfants à caractère social et dix places d’accueil socio-éducatif. La version prévue pour 2027 change donc d’échelle: elle transforme une expérimentation limitée en équipement départemental.
La mesure reste modeste face aux besoins. En 2024, le Département disait accompagner 6 098 enfants au titre de l’aide sociale à l’enfance, dont 1 213 mineurs non accompagnés. Il recensait 1 497 places en structures de placement et visait 600 places nouvelles d’ici à 2026. La Maison de l’Avenir s’inscrit dans ce mouvement, mais son intérêt n’est pas seulement d’ajouter des places. Il est de tester une forme plus complète d’accompagnement pour des adolescents dont le parcours peut se casser vite: école, santé, famille, logement, confiance en soi.
Dans les Hauts-de-Seine, ce sujet garde aussi une résonance particulière. Le département affiche un niveau de vie médian très élevé, 33 790 euros en 2023 selon l’Insee, mais un taux de pauvreté de 13,5 %. À Nanterre, au pied de La Défense, la richesse visible du territoire ne fait pas disparaître les besoins de protection. Elle les rend parfois moins lisibles.
Le bâtiment annoncé, avec sa construction bois, ses toitures végétalisées et son ambition de ressembler davantage à une maison qu’à un foyer classique, comptera si ces choix se voient dans les journées. Mais l’essentiel se jouera dans des gestes ordinaires: une chambre qui reste la même, un devoir terminé, un rendez-vous honoré, une activité qui donne envie de revenir le lendemain.
C’est là que le projet devra être jugé. Pas à son nom, ni à sa première pierre. À sa capacité à rendre les journées moins dispersées pour des adolescents qui ont besoin d’un lieu où l’on ne recommence pas tout à zéro chaque matin.