Pour Isséane, à Issy-les-Moulineaux, les données ne restent pas au niveau du principe. Dans l’espace de données du Syctom, on trouve des fichiers par année, des rejets atmosphériques, des retombées mesurées autour du site, des suivis par mousses et lichens, et des dossiers d’information du public. Autrement dit: pas seulement une page qui dit que l’usine est surveillée, mais des chiffres que l’on peut ouvrir.
C’est là que le sujet devient utile pour les Hauts-de-Seine. Le Syctom, qui traite les déchets de près de 5,7 millions d’habitants en Île-de-France, met en avant un espace consacré aux données environnementales de ses installations. Pour un riverain, un élu de quartier ou une association, l’intérêt n’est pas de saluer l’open data. Il est plus simple: savoir ce qui est mesuré, à quel endroit, et ce que ces mesures permettent vraiment de comprendre.
Isséane est le cas le plus lisible dans le 92. Le site incinère les ordures ménagères résiduelles de 22 communes du territoire du Syctom, produit de la vapeur pour le réseau de chaleur et de l’électricité, et fait l’objet d’une surveillance environnementale suivie. Les données disponibles permettent de distinguer plusieurs choses souvent confondues: ce qui sort en cheminée, ce qui retombe dans l’environnement, ce qui est observé par biosurveillance, et ce qui est résumé dans les dossiers publics.
Cette distinction compte. Une mesure de rejet ne répond pas à la même question qu’une mesure de retombée. Un bilan annuel ne raconte pas la même chose qu’un contrôle ponctuel. Un seuil réglementaire ne dit pas, à lui seul, comment un habitant perçoit une odeur, un bruit ou le passage des camions. La donnée donne des prises; elle ne remplace pas toute l’expérience locale.
Dans les Hauts-de-Seine, tous les sites de déchets ne se lisent donc pas avec les mêmes lunettes. À Nanterre, le centre de tri reçoit des collectes sélectives de plusieurs communes de l’ouest parisien et affiche une capacité de 55 000 tonnes par an. Le sujet public y porte moins sur une cheminée que sur le tri, les flux, la sécurité, les poussières, le bruit ou les circulations autour du site.
À Gennevilliers, la future unité de biométhanisation pose encore un autre type de question. Les enjeux les plus parlants pour les habitants seront les odeurs, le bruit, les capteurs en bordure de site, et la manière dont les signalements ou les mesures seront partagés. Là encore, la transparence sera jugée sur une chose très concrète: est-ce qu’un riverain pourra relier ce qu’il ressent à ce qui est mesuré?
Le Syctom n’est pas seul à ouvrir ses données environnementales. Mais, localement, tout se joue dans l’usage. Un bon portail n’est pas seulement un stock de fichiers. C’est un outil qui permet de poser de meilleures questions: quel site est concerné, quel indicateur regarder, quelle période comparer, quel phénomène reste hors champ?
Pour les habitants du 92, la nouveauté est là. Les chiffres existent davantage, surtout pour Isséane. Ils ne dissipent pas tout, mais ils rendent la discussion moins floue. Reste à voir si ces tableaux seront lus seulement par des spécialistes, ou s’ils aideront aussi les habitants à poser des questions plus précises sur les déchets, les nuisances et la confiance locale.