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À Colombes, l’orgue de Saint-Pierre-Saint-Paul cherche une seconde voix

La Ville de Colombes engage la restauration patrimoniale de l’orgue de Saint-Pierre-Saint-Paul, dans une église moderne labellisée.

Tuyaux d’orgue en tribune

À Saint-Pierre-Saint-Paul, l’orgue joue encore, mais plus comme il devrait. L’association Colombes.Orgue, qui défend sa restauration, parle d’un instrument « à l’agonie ». La Ville de Colombes a désormais ouvert le chantier par la voie d’un marché public.

L’avis initial a été publié en mars. Un rectificatif du 4 mai 2026 a repoussé la date limite de remise des offres au 12 juin, à midi. Le marché porte sur la « reconstruction et restauration patrimoniale » de l’orgue de l’église Saint-Pierre-Saint-Paul. Sa durée prévue est de 24 mois.

Ce n’est donc pas une simple opération d’entretien. La consultation donne plus de poids à la qualité technique des offres qu’au prix: 60 % pour la valeur technique, 30 % pour le prix. Pour un orgue, ce n’est pas un détail. Restaurer l’instrument, ce n’est pas seulement le rendre à nouveau audible. C’est intervenir sur un ensemble de tuyaux, de bois, de métal, de soufflerie, d’acoustique et de réglages où chaque choix modifie la voix finale.

À Colombes, l’objet a aussi une histoire particulière. L’association présente une partie de sa tuyauterie comme issue des ateliers Cavaillé-Coll, nom majeur de la facture d’orgue française. Mais l’instrument se trouve dans une église moderne. L’actuelle Saint-Pierre-Saint-Paul a été construite entre 1967 et 1968, après la destruction de l’ancien édifice lors du réaménagement du centre-ville. Signée Jean Hébrard, avec des vitraux de Louis-René Petit, elle a reçu en 2023 le label régional « Patrimoine d’intérêt régional ».

Le chantier réunit deux patrimoines peu visibles au quotidien: une architecture religieuse des années 1960, en béton, et un instrument installé en tribune, souvent entendu sans être vraiment vu. Dans une ville dense comme Colombes, le patrimoine ne se limite pas aux façades anciennes. Il peut aussi tenir dans une mécanique sonore que beaucoup d’habitants ne connaissent que par les offices, les cérémonies ou quelques concerts.

La mairie est l’acheteur du marché. L’association Colombes.Orgue rappelle, elle, qu’elle n’est pas propriétaire de l’instrument, pas plus que la paroisse. Son rôle est de soutenir le projet, de le faire connaître et de défendre son usage culturel. La nuance compte: l’orgue sert naturellement à la vie paroissiale, mais sa restauration peut aussi ouvrir vers des concerts, des actions avec le conservatoire, des visites ou une découverte des métiers liés à l’instrument.

Le marché dépasse donc la réparation d’un équipement ancien. Un orgue restauré peut redevenir un outil public, à condition d’être programmé, expliqué et partagé. Colombes a déjà franchi la première étape: reconnaître que cet instrument mérite une opération longue et spécialisée. Après les travaux, l’enjeu sera plus simple à comprendre, mais plus exigeant à tenir: faire en sorte que l’orgue ne rejoue pas seulement mieux, mais pour davantage de monde.