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Protoxyde d’azote: dans le 92, la bonbonne jetée devient un risque pour les déchets

Le Syctom alerte sur les explosions de bonbonnes de protoxyde dans les déchets. Dans le 92, le risque touche aussi les installations et les agents.

Bonbonne abandonnée près de poubelles

Une petite cartouche grise au pied d’un banc. Une grande bonbonne oubliée près d’un local poubelle. Dans la rue, le protoxyde d’azote laisse souvent une trace banale: un déchet de plus, ramassé avec le reste.

Le problème commence quand ce déchet entre dans la mauvaise filière. Jetée dans un sac d’ordures ménagères, une bonbonne encore sous pression peut suivre le chemin classique des déchets: collecte, benne, arrivée au centre de traitement, puis four d’incinération. À ce moment-là, ce n’est plus un objet sale sur un trottoir. C’est un récipient métallique pressurisé dans une installation industrielle.

Le Syctom, qui traite les déchets ménagers de Paris et d’une grande partie de la petite couronne, affirme qu’en 2025 environ un million de bonbonnes de protoxyde d’azote sont entrées dans ses trois incinérateurs. Elles auraient provoqué plus de 25 000 explosions, pour un coût estimé à près de 15 millions d’euros, entre réparations, arrêts d’exploitation et pertes liées à l’énergie non produite.

Dans les Hauts-de-Seine, le point de contact s’appelle notamment Isséane, à Issy-les-Moulineaux. Ce centre reçoit les ordures ménagères de 22 communes du territoire du Syctom et produit de la vapeur pour le chauffage urbain. Une bonbonne jetée au mauvais endroit ne disparaît donc pas simplement avec la collecte. Elle peut rejoindre une chaîne où travaillent des agents, où les machines tournent en continu, et où le déchet devient aussi une ressource énergétique.

Le sujet dépasse donc le seul débat sur les usages festifs. Le protoxyde d’azote pose bien une question de santé publique, avec des risques connus et des contenants devenus plus grands ces dernières années. Mais dans les déchets, le danger est plus mécanique: une bonbonne que personne ne voit plus une fois mélangée aux ordures, puis une explosion possible dans une benne, une chaîne de traitement ou un four.

Certaines communes ont déjà pris le problème par le bout visible. À Suresnes, un arrêté de 2025 vise la consommation, la vente et l’abandon de cartouches ou de récipients de protoxyde d’azote sur la voie publique. Le texte évoque des constats quotidiens des services de voirie et de la police municipale. Avant d’être un incident industriel, la bonbonne est donc souvent un petit fait de rue: un agent qui la ramasse, un trottoir à nettoyer, un dépôt à traiter.

Le cadre national se resserre aussi. Depuis 2021, la vente de protoxyde d’azote aux mineurs est interdite. En février 2026, le Sénat a adopté une proposition de loi visant à réserver la vente aux seuls professionnels. L’argument du Syctom est simple: si le produit reste facile à acheter et facile à abandonner, les collectivités continueront d’en gérer les dégâts en bout de chaîne.

Pour les habitants, la consigne utile est simple: ces bonbonnes ne doivent pas être jetées avec les ordures ménagères ni dans le bac de tri. Elles doivent être orientées vers une filière acceptant les récipients sous pression, selon les consignes locales. C’est une règle banale. Mais ici, elle ne protège pas seulement une poubelle. Elle protège aussi des agents, des installations et un service public qui tourne tous les jours.