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Grand Paris Express : la sécurité passe au premier plan sur les chantiers du 92

Plus de 100 entreprises s’engagent sur la sécurité des chantiers du Grand Paris Express, un enjeu concret dans les Hauts-de-Seine.

Chantier urbain du Grand Paris

La Société des grands projets veut installer une règle simple sur les chantiers du Grand Paris Express : quand un risque apparaît, on s’arrête, on signale, puis on reprend seulement quand la situation est maîtrisée. Plus de 100 entreprises partenaires viennent de signer une charte autour de sept règles communes de sécurité, dans un projet qui compte aujourd’hui 210 chantiers actifs et environ 7 500 compagnons mobilisés.

Dans les Hauts-de-Seine, l’annonce touche un territoire déjà très exposé aux travaux du nouveau métro. La ligne 15 Sud doit relier Pont de Sèvres à Noisy-Champs en 2027, avec notamment des gares à Issy, Clamart, Châtillon-Montrouge et Bagneux. La ligne 15 Ouest prendra ensuite le relais vers Saint-Denis Pleyel, en passant par Saint-Cloud, Rueil-Suresnes-Mont-Valérien, Nanterre, La Défense, Bécon-les-Bruyères et Bois-Colombes. Elle est prévue pour 2031.

Ce n’est donc pas un sujet annexe. Après le passage de la ligne 15 Ouest dans une phase plus concrète de travaux, la question devient très pratique : comment éviter qu’un chantier de transport, mené au milieu des logements, des bureaux, des gares existantes et des axes routiers, ne devienne une addition de risques mal coordonnés ?

Le mot central est la coactivité. Sur un même site, plusieurs entreprises peuvent intervenir en même temps, avec des métiers, des horaires, des engins et des contraintes différentes. C’est là que les règles générales doivent devenir des gestes précis : organiser les accès, séparer les flux, vérifier les consignes, accueillir correctement les nouveaux arrivants, donner aux équipes le droit réel d’interrompre une opération dangereuse.

Un exemple local donne la mesure du sujet. Sur le chantier de la gare Rueil-Suresnes-Mont-Valérien, une passerelle permet aux compagnons de rejoindre la zone de travaux sans croiser les poids lourds qui entrent et sortent de l’emprise. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est exactement le type de décision qui compte sur un chantier dense : moins de croisements, moins d’improvisation, moins d’accidents évitables.

La charte ne crée pas une obligation contractuelle nouvelle. Son intérêt est ailleurs : fixer un langage commun entre maître d’ouvrage, grandes entreprises, sous-traitants et intérimaires. Les sept règles portent sur l’analyse des risques, l’accueil sécurité, le dialogue quotidien, la maîtrise de la coactivité, le “stop & go” en cas de danger et le partage des retours d’expérience. La Société des grands projets indique aussi que la prévention du risque électrique devient prioritaire, au moment où les travaux de génie civil avancent sur les tronçons Est et Ouest de la ligne 15 et où les essais montent en puissance dans les gares, les tunnels et les trains.

Le contexte justifie ce resserrement. Dans le bâtiment et les travaux publics, l’Assurance maladie recense 56 accidents du travail pour 1 000 salariés, contre environ 34 tous secteurs confondus. Les accidents du BTP représentent près de 14 % de l’ensemble des accidents du travail, plus de 16 % des accidents avec incapacité permanente et plus de 19 % des accidents mortels. Les principales causes restent très concrètes : manutention, chutes, outillage.

Sur le Grand Paris Express, la sécurité est aussi un enjeu de calendrier. Plus les lignes approchent des essais, des équipements électriques, des interfaces entre systèmes et des phases de finition, plus les risques changent. La pression pour avancer ne disparaît pas. L’enjeu n’est pas de ralentir par principe, mais d’empêcher que l’urgence fabrique de mauvaises habitudes.

Dans les Hauts-de-Seine, où les chantiers du métro vont rester visibles pendant plusieurs années, cette discipline peut faire une vraie différence. Les nouvelles lignes promettent des trajets plus rapides. Leur construction dépendra aussi d’une discipline plus discrète : repérer les risques tôt, les signaler vite et corriger avant l’accident.