Antony veut franchir une nouvelle étape dans sa vidéoprotection. Le marché publié le 28 avril porte sur l’aménagement et l’extension du système existant, avec conception, fourniture, installation et intégration de nouveaux équipements. Il prévoit aussi des caméras nomades et des technologies d’intelligence artificielle non biométriques, destinées à améliorer la détection automatique d’événements. Montant maximal: 8 millions d’euros sur quatre ans, soit 2 millions d’euros hors taxes par an. Les offres sont attendues avant le 4 juin.
Ce n’est pas un petit ajout technique. Antony dispose déjà d’un réseau très développé: environ 610 caméras sur la voie publique, plus de 300 dans les équipements municipaux et un centre de supervision urbain actif 24 heures sur 24. La ville indique que les images sont détruites au bout de 14 jours, sauf enquête ou procédure judiciaire. Elle utilise aussi déjà des images pour verbaliser certains stationnements gênants dans les rues de l’Église et Auguste-Mounié.
Le nouveau marché ne dit donc pas seulement “plus de caméras”. Il ouvre trois questions simples: combien de nouveaux points de captation, où, et avec quelle part d’automatisation? C’est là que le sujet devient public. Une caméra fixe observe un lieu choisi. Une caméra nomade peut être déplacée selon les besoins. Une couche d’intelligence artificielle trie les images, repère des formes, des mouvements ou des événements, puis déclenche une alerte. Même sans reconnaissance faciale, le système ne fonctionne plus de la même manière.
La Commission nationale de l’informatique et des libertés décrit ces caméras “augmentées” comme des dispositifs auxquels s’ajoute une analyse automatisée des images. Elles peuvent reconnaître des objets, des silhouettes, des mouvements ou des événements. Elle rappelle aussi une limite nette: les collectivités ne sont pas autorisées, en dehors d’un cadre légal spécifique, à utiliser des algorithmes sur la voie publique pour repérer automatiquement des infractions ou des comportements contraires à l’ordre public en vue d’une intervention immédiate.
Le mot “non biométrique” ne suffit donc pas à clore le débat. Il exclut en principe l’identification unique d’une personne, comme la reconnaissance faciale. Il ne dit pas encore quels événements seront détectés, comment les alertes seront vérifiées, combien de faux positifs seront acceptés, ni quelles traces seront conservées pour contrôler l’usage du système.
Le coût mérite la même clarté. Antony consacrait déjà 1 million d’euros en 2025 à la poursuite du déploiement de son réseau, qui comptait alors environ 610 caméras de voie publique et 300 caméras dans les équipements municipaux. Le nouveau marché ajoute une enveloppe possible bien supérieure. Il couvre aussi le câblage informatique, la maintenance réseau, l’entretien du matériel vidéo et la réparation. Ce que l’habitant voit dans la rue n’est que la partie visible: derrière, il y a réseau, stockage, logiciels, supervision, maintenance et sécurité informatique.
Antony n’est pas seule. Dans les Hauts-de-Seine, Nanterre indique avoir installé 27 nouvelles caméras en 2025; Clamart communique de son côté sur plusieurs centaines de caméras et un centre de supervision urbain en montée en charge. La vidéoprotection devient un équipement municipal ordinaire. Pas neutre, mais ordinaire: comme l’éclairage, la voirie ou les bornes de circulation, elle structure la manière dont une ville fonctionne au quotidien.
Les études invitent à ne pas attendre d’un réseau vidéo ce qu’il ne peut pas faire seul. Une revue de quarante ans de recherches conclut que les caméras peuvent réduire la délinquance, mais de manière modeste, surtout dans les parkings et certains secteurs résidentiels. Elles sont plus efficaces lorsqu’elles sont surveillées activement et combinées à d’autres actions, plutôt que posées comme réponse unique.
Le bon test pour Antony sera donc très concret: un plan précis, des usages définis, des règles lisibles, des bilans publics. Une ville peut renforcer son dispositif de sécurité. Mais plus le système devient mobile, automatisé et coûteux, plus les habitants doivent savoir ce qui est filmé, pourquoi, par qui, et avec quels contrôles.