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Dans les Hauts-de-Seine, le numérique devient une voie d’insertion très concrète

Une formation de technicien datacenter à Nanterre et Antony ouvre une piste concrète aux allocataires du RSA, entre métiers en tension et freins d’accès.

Illustration formation numérique et insertion

Dans les Hauts-de-Seine, une formation au numérique ne promet pas de transformer des allocataires du revenu de solidarité active en développeurs en quelques mois. Tant mieux. Le dispositif mis en avant par ActivitY’ vise plus concret: former des techniciens capables d’intervenir dans des centres de données et sur des installations connectées.

La session 2026 se déroule du 23 mars au 27 juillet à Nanterre et Antony, avec des places cofinancées pour des bénéficiaires du RSA. Les réunions d’information de mars sont passées, mais le sujet reste utile: il indique le type de passerelle que le département cherche à construire entre insertion et métiers en tension.

Le contenu annoncé parle de câbles, de baies informatiques, de fibre optique, de caméras, de contrôle d’accès, de réseaux et de maintenance. C’est précisément ce qui rend l’initiative intéressante. Le numérique n’est pas seulement fait de code ou de postes très qualifiés. Il a aussi besoin de personnes capables d’installer, tester, raccorder et surveiller des infrastructures.

En septembre 2024, les métiers de la sécurité, du cloud et du réseau représentaient 36% des offres d’emploi numériques analysées par la Grande École du Numérique. Dans cette famille, le support technique pesait 44% et les systèmes-réseaux 34%. Pour un public en insertion, cette partie du marché peut être plus lisible qu’une reconversion abstraite vers les “métiers du numérique”.

L’entrée n’est pas sans conditions. France Travail présente la formation comme accessible sans diplôme ni expérience dans le numérique, mais demande un niveau intermédiaire de français écrit et oral, une inscription comme demandeur d’emploi, un projet validé dans le secteur, une appétence pour le travail en équipe, un casier judiciaire vierge et le permis B obtenu ou en cours. Ce n’est donc ni une promesse large ni une porte automatique. C’est une voie possible pour des profils capables de tenir un rythme technique et de se projeter dans un environnement professionnel exigeant.

Pour les Hauts-de-Seine, l’enjeu dépasse une seule formation. Le programme départemental d’insertion 2024-2026 comptait, mi-2024, 28 919 foyers allocataires du RSA, soit 50 953 personnes couvertes. Surtout, 49% des bénéficiaires étaient inscrits depuis plus de quatre ans, une part en hausse depuis fin 2021. Le département n’a donc pas seulement un sujet de volume, mais un sujet de distance à l’emploi.

Cela passe par des formations ciblées, mais aussi par l’orientation, la mobilité, la garde d’enfant, le niveau de français, l’équipement et la confiance dans les outils numériques. Le vrai test est là. Une formation de technicien de centre de données peut devenir une passerelle si les réponses sont claires: qui peut entrer, combien de places restent ouvertes, quelles suites après juillet, quels employeurs sont associés, quelle certification est obtenue, quel accompagnement existe en cas de frein matériel ou familial.

Sans ces éléments, le dispositif restera une annonce utile mais limitée. Avec eux, il peut devenir un outil précis dans une politique d’insertion qui a besoin de résultats visibles, pas de slogans sur “le numérique qui recrute”.

Le numérique n’est pas magique. Mais ici, il est tangible: installer, raccorder, tester, maintenir. Pour certains allocataires du RSA, cette entrée par les infrastructures peut être plus crédible qu’une promesse vague de reconversion dans les métiers de demain.