À La Défense, le nouveau jardin partagé des étudiants n’est pas un gadget vert. Installé dans le quartier Faubourg de l’Arche, il occupe 150 m² et sera géré par les étudiants du Pôle Léonard de Vinci, en particulier les 25 membres de l’association deVinci Durable. Fruits, légumes, permaculture, économie d’eau, respect des saisons, réduction des déchets: le projet se veut pratique avant d’être décoratif. Les récoltes doivent être transmises à Léo Cook, l’association du pôle qui prépare des paniers repas pour les étudiants.
Le format est modeste. C’est justement ce qui le rend lisible. À La Défense, un jardin étudiant ne change pas l’équilibre du quartier à lui seul, mais il révèle un glissement concret: le premier quartier d’affaires d’Europe n’est plus seulement un lieu de bureaux, de transports et de consommation rapide. Il devient aussi un territoire d’études, avec ses besoins ordinaires: se poser, manger correctement, mener une activité associative, apprendre ailleurs qu’en salle de cours.
Ce déplacement est déjà chiffré. Paris La Défense recense près de 70 écoles et plus de 70 000 étudiants sur son territoire. L’établissement public vise aussi, dans sa trajectoire de transformation, jusqu’à 3 000 logements étudiants et entre 46 300 et 70 000 m² de nouveaux lieux dédiés à l’enseignement supérieur, à l’innovation et aux services étudiants. Le Pôle Léonard de Vinci compte de son côté 10 500 étudiants et apprenants en 2024-2025, et prépare pour la rentrée 2026 le Campus du Parc, un site de 18 000 m² à Nanterre, près du RER A, du RER E et du parc André-Malraux.
Le jardin s’inscrit donc dans un sujet plus large que le jardinage. Faire campus, ce n’est pas seulement installer des écoles autour des tours. C’est créer des lieux où les étudiants peuvent rester, organiser, cuisiner, jardiner, se rendre utiles. Une école du Pôle, l’EMLV, présente d’ailleurs le potager comme un terrain d’apprentissage: une dizaine d’étudiants doivent y consacrer au moins 70 heures dans le cadre d’une mission solidaire, avec gestion des cultures, compost, matériel, récoltes et liens avec des associations du quartier.
L’autre enjeu est physique. La Défense reste un territoire très minéral, construit sur dalle, où planter n’a rien d’évident. Paris La Défense revendique plus de 37 hectares d’espaces verts, 11 parcs et 4 jardins partagés. Depuis 2019, plus de 10 600 m² d’espaces verts auraient été ajoutés, portant à 35 % la part végétalisée des zones piétonnes. Le quartier compte aussi 3 847 arbres, dont 2 877 cultivés hors sol. Le futur parc de l’esplanade doit encore rénover et végétaliser 5 hectares.
Un potager de 150 m² ne réglera pas le confort d’été sur dalle. Mais il va dans le bon sens s’il reste bien entretenu, utilisé et relié à d’autres usages. L’Agence de la transition écologique rappelle que la végétalisation urbaine sert à rafraîchir les villes, réduire les îlots de chaleur, soutenir la biodiversité et améliorer le bien-être. Elle estime notamment que les arbres d’ombrage peuvent faire baisser la température urbaine de 3 à 5 °C.
Le test est là. Le Jardin des Collines ne doit pas être vendu comme une grande transformation. Il vaut mieux le regarder comme un indicateur simple: La Défense cherche à produire autre chose que du passage. Cette évolution passera par de grands projets, des logements, des rez-de-chaussée mieux utilisés et des espaces publics plus hospitaliers. Elle passera aussi par des équipements minuscules mais actifs.
Un jardin étudiant ne fait pas une ville. Mais s’il donne à des étudiants une raison de rester, de cultiver, de cuisiner et d’animer un morceau du quartier, il ajoute quelque chose qui manque encore souvent à La Défense: un lieu où l’on ne vient pas seulement travailler, traverser ou acheter quelque chose.