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À Nanterre, Paris Nanterre face à des propos antisémites en ligne

L’Université Paris Nanterre condamne des propos antisémites tenus dans des espaces numériques et annonce un signalement au procureur.

Illustration - campus universitaire à Nanterre

L’Université Paris Nanterre a publié, vendredi 24 avril, un communiqué condamnant des propos à caractère antisémite tenus par des étudiantes et étudiants de l’établissement dans des espaces numériques dédiés aux échanges pédagogiques. La présidence annonce un signalement au procureur de la République et des procédures disciplinaires et judiciaires. Elle ne reproduit pas les propos et ne donne ni les noms des auteurs présumés, ni la plateforme concernée.

Cette retenue est juste. L’enjeu n’est pas de faire circuler les messages, mais de comprendre comment un grand campus traite des violences discriminatoires quand elles passent par des canaux numériques liés aux cours, aux groupes d’étudiants ou aux échanges de travail.

Paris Nanterre n’est pas un établissement périphérique dans les Hauts-de-Seine. L’université compte près de 35 000 étudiantes et étudiants, plus de 2 400 personnels et trois sites, à Nanterre, Ville-d’Avray et Saint-Cloud. Quand un espace numérique pédagogique dérape, l’effet ne reste pas derrière un écran. Il touche le climat d’étude, le travail des enseignants, la confiance dans l’institution et la protection concrète des personnes visées.

L’affaire arrive dans une séquence déjà tendue. Le 24 mars, l’université avait signalé la perturbation du “Village de l’égalité”, organisé pendant la semaine de lutte contre le racisme et l’antisémitisme du Mois de l’Égalité. L’établissement avait alors évoqué des propos antisémites et diffamatoires visant des étudiants et associations présents. Ce Mois de l’Égalité rassemblait 50 événements gratuits, du 9 mars au 5 avril, sur les campus et hors les murs.

Il ne faut pas relier les deux épisodes sans preuve. Mais leur proximité pose une question simple: que se passe-t-il après la condamnation? Le vrai test est pratique. Garder les preuves. Recueillir les signalements. Protéger les personnes concernées. Qualifier les faits. Sanctionner si les faits sont établis. Expliquer ce qui relève de l’université, de la justice ou des deux.

Le cadre existe. Dans l’enseignement supérieur public, chaque établissement doit prévoir un dispositif de signalement pour les faits d’antisémitisme, de racisme, de discrimination, de violence et de haine. Toute personne victime ou témoin peut l’utiliser. Le ministère de l’Enseignement supérieur indique aussi qu’un réseau de plus de 140 référents “racisme et antisémitisme” agit dans les universités et grandes écoles pour recueillir les alertes, former et développer des partenariats.

La difficulté se situe dans la zone grise numérique. Un groupe de discussion peut ne pas être officiellement administré par l’université tout en servant aux cours, aux échanges entre étudiants ou à la circulation d’informations pédagogiques. Il n’est alors ni vraiment privé, ni pleinement institutionnel. C’est là que les règles doivent être claires: qui signale, à qui, avec quelles garanties, et quelles suites concrètes.

Le contexte national impose cette clarté. En 2025, police et gendarmerie ont enregistré plus de 16 400 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux en France, dont une majorité d’injures, de provocations ou de diffamations. Les actes antisémites représentaient 53 % des faits antireligieux recensés, et les agressions physiques, verbales ou la haine en ligne formaient 67 % de ces actes.

La réponse de Paris Nanterre sera donc jugée sur des actes précis, pas seulement sur sa condamnation. Une université protège sa communauté quand les étudiants savent où signaler, quand les victimes ne portent pas seules la charge de la preuve, quand les auteurs identifiés répondent de leurs actes, et quand les espaces numériques liés aux cours ne deviennent pas des angles morts du campus.