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Déchets, biométhane, tri: ce que le budget 2026 du Syctom engage vraiment pour les Hauts-de-Seine

Le budget 2026 du Syctom accélère les investissements sans relever ses tarifs principaux, avec deux points clés dans le 92: Gennevilliers pour les biodéchets et Nanterre pour le tri.

Centre de tri et méthanisation

Le budget 2026 du Syctom dit une chose simple: le syndicat veut moderniser plus vite sans relever ses tarifs principaux. Il prévoit 232,6 millions d’euros de dépenses d’équipement, contre 177,8 millions un an plus tôt. Dans le même temps, il maintient à 109,4 euros la tonne le tarif des ordures ménagères résiduelles et à 25,4 euros celui des collectes sélectives et des déchets alimentaires. Dans les Hauts-de-Seine, ce choix se lit surtout à Gennevilliers et à Nanterre.

À Gennevilliers, le sujet n’est plus de savoir si le tri des biodéchets doit exister. Le sujet est de lui donner enfin un débouché industriel. La future unité de biométhanisation doit traiter 50 000 tonnes de déchets alimentaires par an, produire 25 000 MWh de biométhane, soit l’équivalent de la consommation d’environ 5 000 foyers, et générer 43 000 tonnes de digestat pour fertiliser plus de 2 000 hectares agricoles. Le budget 2026 indique une montée en puissance du site et une mise en service industrielle au deuxième trimestre.

Ce n’est pas un supplément vert pour joli dossier de communication. Depuis le 1er janvier 2024, les collectivités doivent proposer une solution de tri des biodéchets. Un an après, 32,1 millions de Français y ont accès, soit 50 % de la population, et l’ADEME estime qu’environ 900 000 tonnes de biodéchets évitent déjà chaque année l’incinération ou l’enfouissement. Gennevilliers compte parce que cette obligation avance encore à moitié. Il faut des points de collecte, mais il faut aussi des installations capables d’absorber les tonnages.

Nanterre montre l’autre face du dossier. Le Syctom a prolongé jusqu’au 30 juin 2028 le marché d’exploitation du centre de tri après l’incendie du site en 2022 et celui de Paris XVII en 2025. Il invoque deux raisons: la hausse du risque incendie, qui complique l’assurance des centres, et l’incertitude créée par la future consigne européenne sur les bouteilles plastiques et les canettes. Le programme définitif de protection incendie doit être arrêté au deuxième trimestre 2026, avec un démarrage des travaux attendu début 2027. En clair, le Syctom préfère temporiser plutôt que signer un nouveau contrat sans visibilité sur les volumes à traiter et sur les conditions d’assurabilité.

Le budget montre d’ailleurs que la facture de cette fragilité existe déjà. Les dépenses de traitement des collectes sélectives montent à 60,5 millions d’euros en 2026, soit 6,5 millions de plus qu’au budget précédent. Le Syctom explique notamment cette hausse par un recours accru à des capacités de tri extérieures, passé de 27 000 à 72 000 tonnes, avec un prix moyen qui grimpe de 239 à 265 euros la tonne. Il ajoute une pression beaucoup moins abstraite: plus de 35 000 bouteilles de protoxyde d’azote récupérées en 2025 dans ses centres de tri, environ 10 euros de traitement par bouteille, 150 000 tonnes de déchets détournées vers des installations extérieures et environ 15 millions d’euros de pertes d’exploitation dans les usines de valorisation énergétique. C’est aussi pour cela que 63 millions d’euros sont inscrits en 2026 pour l’amélioration des centres, avec un accent mis sur la sécurité incendie, la protection des sites et les outils de maintenance.

Le vrai choix politique est là. Le Syctom encaisse pour l’instant le coût de la transition sans relever ses tarifs incitatifs de base, et ses contributions attendues des collectivités membres reculent même à 264,1 millions d’euros contre 269,1 millions en 2025, en raison de tonnages plus faibles et du maintien des tarifs. Pour les Hauts-de-Seine, le test sera simple: si Gennevilliers démarre comme prévu et si Nanterre tient sans nouveau coup d’arrêt, 2026 ressemblera à une année utile de bascule. Sinon, ce sera surtout une année de gestion sous tension.