À Gennevilliers, la biométhanisation passe du projet à l’infrastructure
Sur le port de Gennevilliers, la future unité de biométhanisation n’est plus une promesse de plus dans un dossier. Le chantier a nettement avancé, avec les digesteurs, les cuves de préparation, le bâtiment d’hygiénisation et le traitement de l’air déjà engagés. Le calendrier est désormais clair: les premières tonnes de déchets alimentaires sont attendues à l’automne 2026 et la mise en service industrielle en juillet 2027. En parallèle, le budget 2026 du Syctom confirme une phase d’investissement très soutenue, avec 232,6 millions d’euros pour les équipements et 365,8 millions d’euros d’investissement au total. Gennevilliers fait partie des sites que le syndicat pousse en priorité.
L’enjeu dépasse largement le port. Depuis le 1er janvier 2024, les collectivités doivent proposer une solution de tri à la source des biodéchets. Pourtant, ces déchets représentent encore un tiers des ordures ménagères résiduelles en France, soit 83 kilos par habitant et près de 5,4 millions de tonnes par an. Sur son propre territoire, le Syctom estime les besoins de traitement des déchets alimentaires à près de 100 000 tonnes en 2031. Avec une capacité de 50 000 tonnes par an, Gennevilliers ne réglera donc pas tout. Mais le site peut absorber une part très visible du retard pris sur le tri des déchets alimentaires dans la métropole parisienne.
L’usine a un rôle simple et concret. Elle doit transformer des déchets alimentaires triés en biométhane injecté dans le réseau de gaz et en digestat, un fertilisant organique destiné aux sols agricoles. Les chiffres annoncés donnent l’échelle: 25 000 MWh de biométhane par an, soit l’équivalent de la consommation de 5 000 foyers, et près de 43 000 tonnes de digestat, de quoi enrichir plus de 2 100 hectares de terres. Pour Gennevilliers, cela change la fonction du port. Il ne servira plus seulement à faire circuler des flux. Il servira aussi à transformer une partie des déchets de la région en énergie et en matière agricole.
Le choix du site tient à trois avantages très terre à terre: la proximité avec les zones de collecte, le raccordement au réseau de gaz et l’accès à la Seine. Le digestat doit partir de Gennevilliers vers Limay par barges étanches, puis rejoindre des sites de stockage dans l’Eure et l’Eure-et-Loir avec la coopérative NatUp. Le dossier de presse du projet évoque une barge par semaine, ce qui éviterait une trentaine de poids lourds. C’est l’un des intérêts du port. L’autre sujet, plus local, reste entier: odeurs, bruit, trafic, sécurité. L’enquête publique de 2024, menée dans 69 communes, a recueilli 116 contributions et 1 108 observations. Le projet est donc entré dans sa phase concrète, mais il sera jugé sur ses effets réels, pas sur ses promesses.
Le chantier de Gennevilliers s’inscrit enfin dans une poussée plus large de la filière française. Fin 2025, la France comptait 802 sites injectant du biométhane dans les réseaux gaziers, pour 13,5 TWh produits sur l’année. Mais Gennevilliers ne ressemble pas au méthaniseur agricole type. Ici, il s’agit d’une grande unité urbaine alimentée par les déchets alimentaires d’une métropole dense. Tout dépendra donc d’une chose très simple: est-ce que le tri séparé va vraiment monter en puissance chez les ménages, les cantines, les marchés et la restauration ? Si oui, Gennevilliers deviendra un maillon utile de la filière francilienne. Si non, l’usine tournera en dessous de ce qu’elle a été conçue pour faire. Dans les Hauts-de-Seine, le changement commence là: la région essaie enfin de traiter une partie de ce qu’elle jette autrement qu’en le brûlant.