À La Défense, le vrai chantier est sous la dalle
Le marché publié le 17 avril ne renvoie pas à un simple épisode de travaux. Il remet au centre une question plus profonde: l’état des voies couvertes qui font fonctionner La Défense de l’intérieur. Dans un quartier qui concentre 2 800 entreprises et environ 200 000 salariés, on ne parle pas d’un décor technique, mais d’un réseau vital pour les accès, la logistique et la sécurité.
Paris La Défense recense 14 voies couvertes sous la dalle. Les deux axes les plus emblématiques, Bâtisseurs et Sculpteurs, mesurent 725 et 650 mètres et desservent 25 tours. Le programme annoncé va bien au-delà d’une remise en état: mise en sécurité, éclairage, ventilation, réorganisation des flux, pistes cyclables et création de quatre ouvertures dans la dalle pour laisser entrer l’air et la lumière. L’établissement public chiffre l’ensemble à 100 millions d’euros. Ce montant dit quelque chose d’essentiel sur La Défense: une part croissante de l’argent public part dans une maintenance invisible, moins spectaculaire qu’une nouvelle tour, mais bien plus décisive pour que le quartier continue à tourner.
Ce rattrapage n’a rien d’improvisé. En droit français, une chaussée couverte de plus de 300 mètres entre dans le régime des tunnels et doit répondre à des règles de sécurité spécifiques. Dès 2012, l’Autorité environnementale relevait que des voies couvertes de La Défense, classées comme tunnels au sens du code de la voirie routière, ne respectaient plus les normes de sécurité et devaient être rénovées. En 2015, la Cour des comptes évoquait déjà un projet global de mise en sécurité, avec dossiers de sécurité, équipements d’appel d’urgence, vidéo et dispositifs d’auto-évacuation. Autrement dit, le sujet n’est pas neuf. Ce qui change, c’est qu’il ressort désormais sous une forme plus opérationnelle.
Les chantiers visibles de ce printemps prennent alors un autre relief. Voie de l’Horlogerie à Puteaux, Paris La Défense annonce une intervention les 4 et 5 mai après un sinistre survenu en juillet dernier. Boulevard Pesaro, dans le secteur du Croissant, l’établissement public a fermé l’axe entre le parking Fraternité et le pont des Coudraies du 1er avril au 30 juin pour des travaux préparatoires et des reprises de réseaux. Rien ne permet d’affirmer que ces opérations relèvent toutes du même marché. En revanche, elles montrent la même contrainte: sur un site empilé, dense et très fréquenté, il faut réparer en gardant le quartier ouvert.
Le point le plus intéressant est peut-être là. Cette modernisation ne sert pas seulement à remettre aux normes des ouvrages vieillissants. Elle accompagne aussi un changement d’usage. Paris La Défense met en avant des pistes cyclables dans ces voies et rappelle qu’au pont de Neuilly, on est passé d’environ 600 cyclistes par jour avant 2019 à 6 000 en 2020. Le sous-sol du quartier n’est donc plus seulement un arrière-plan pour voitures et locaux techniques. Il devient un espace qu’il faut rendre plus sûr, plus lisible et plus utile pour des mobilités diverses. À La Défense, le grand chantier n’est pas seulement ce qu’on voit sur la dalle. C’est ce qu’il faut enfin remettre d’aplomb dessous.