La tuberculose n’a pas disparu. Dans le monde, elle a encore touché 10,7 millions de personnes en 2024. En France, l’incidence reste faible, mais l’Île-de-France demeure le principal foyer métropolitain. En 2023, la région a déclaré 1 769 cas, en hausse de 21 % sur un an. Elle ne représente que 19 % de la population française, mais 36,4 % des cas déclarés. En 2024, la France est redescendue à 6,6 cas pour 100 000 habitants, signe d’un reflux après le rebond observé à la sortie des années Covid, pas d’une disparition du risque.
Dans les Hauts-de-Seine, cette vigilance passe par le centre de lutte antituberculeuse du département, le CLAT 92, installé à l’hôpital Max-Forestier de Nanterre. Son travail ne consiste pas seulement à recevoir des patients. Il enquête autour de chaque cas, organise le dépistage des personnes contacts, suit les malades et les personnes porteuses d’une infection latente, délivre gratuitement médicaments et vaccination à certains publics éloignés du soin, et coordonne avec les hôpitaux, médecins, structures sociales et autres acteurs locaux. Son maillage couvre 36 communes. Selon l’Agence régionale de santé, plus de 80 % des personnes concernées par le dépistage sont effectivement vues et l’adhésion au traitement atteint 95 %.
Le vrai sujet est là: la tuberculose reste une maladie très liée aux fractures sociales. En France, l’incidence est d’environ 32 cas pour 100 000 chez les personnes nées hors de France, autour de 64 pour 100 000 chez les personnes sans domicile, et de 46 pour 100 000 chez les personnes détenues. En Île-de-France, 589 infections latentes ont été signalées en 2023, en hausse de 33 %, et 66 % concernaient des jeunes de 15 à 17 ans, souvent proches du profil des mineurs non accompagnés. Autrement dit, la maladie circule plus facilement là où s’accumulent logement instable, vie en collectivité, parcours administratifs fragiles et accès irrégulier au soin. Les Hauts-de-Seine, malgré leur image de département aisé, n’échappent pas à cette réalité.
C’est pour cela que le CLAT 92 compte. Une infection latente n’est pas contagieuse, mais elle peut évoluer vers la maladie. La forme active, elle, se transmet surtout après un contact étroit et prolongé. Pour éviter que cela s’installe, il faut agir vite et près des gens. L’ARS cite ainsi une intervention autour d’un foyer touchant de jeunes travailleurs à Boulogne, avec camion de radiographie mobile, horaires décalés et interprètes. Ce n’est pas un détail d’organisation. C’est ce qui permet à un service public de prévention de faire ce que le système de soins fait mal tout seul: aller vers, tester, suivre et tenir dans la durée.