Cantines des collèges: le 92 confie 115 millions d’euros à un seul opérateur
Le département des Hauts-de-Seine vient de verrouiller pour quatre ans l’un de ses plus gros services quotidiens. L’avis d’attribution publié le 10 avril confie les trois lots de restauration scolaire des collèges à la Société française de restauration et services, filiale de Sodexo, pour 115,17 millions d’euros à partir du 25 août 2026. Le point saillant n’est pas seulement le montant. C’est aussi la concentration du service. Depuis septembre 2022, la restauration des 88 collèges gérés par le département était partagée entre Elior pour 34 établissements et Sodexo pour 54. À partir de la rentrée 2026-2027, un seul groupe pilotera l’ensemble.
On parle d’un vrai morceau de service public, pas d’un sujet de cuisine centrale réservé aux initiés. Dans les Hauts-de-Seine, environ 23 000 repas sont facturés chaque jour, soit 3,16 millions sur une année scolaire. Plus de six collégiens sur dix mangent à la cantine et plus d’une famille sur deux touche une aide à la demi-pension. Le coût réel d’un repas tourne autour de 14 euros, mais les familles paient entre 0,64 euro et 7 euros selon leurs revenus, le département prenant en charge au moins la moitié du coût. Dans le budget 2026, 124 millions d’euros sont prévus pour le fonctionnement des collèges, la restauration scolaire et les projets pédagogiques. La cantine, dans le 92, ce n’est donc pas le déjeuner entre deux cours. C’est du pouvoir d’achat, de l’égalité scolaire et une grosse machine quotidienne à faire tourner sans rupture.
Le nouveau contrat montre aussi ce que la restauration scolaire est devenue: un problème d’organisation autant que d’alimentation. Les offres ont été jugées à 40 % sur le prix, à 50 % sur la valeur technique et à 10 % sur la valeur environnementale. Le département pousse en parallèle un retour progressif à la production sur place, avec 24 collèges concernés à la rentrée 2025, contre une majorité de sites encore livrés depuis des cuisines centrales. L’objectif affiché est de faire repasser 50 % des collèges en production sur place d’ici 2030. L’idée n’a rien de folklorique. Produire davantage sur site permet d’ajuster les quantités, de limiter les ruptures et de réduire le gaspillage. C’est aussi une façon de reprendre un peu la main sur un service qui, sinon, risque de n’être plus qu’une chaîne logistique bien huilée.
C’est là que le dossier dépasse les Hauts-de-Seine. En France, la loi impose depuis 2022 au moins 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % de bio, dans la restauration collective publique. Depuis 2024, il faut aussi 60 % de produits durables et de qualité pour les viandes et les poissons. Or la marche reste haute. D’après le bilan national 2025 de la plateforme publique Ma Cantine, seules 29,4 % des cantines ayant télédéclaré atteignent à la fois les deux objectifs, et dans le secteur des collèges, on tombe à presque 13 %. Les Hauts-de-Seine font mieux que la moyenne sur le bio avec 27,1 % en 2024, mais le département affichait encore 45,3 % de produits durables, donc sous le seuil global de 50 %. Autrement dit, même un territoire riche, structuré et déjà en avance sur certains points n’a pas encore bouclé l’équation.
Le vrai test commence maintenant. Ce marché dira si le 92 utilise sa taille pour mieux nourrir, mieux cibler l’aide aux familles et mieux tenir ses objectifs alimentaires, ou s’il se contente de sécuriser un gros contrat de plus. Sur ce terrain, la bonne nouvelle est simple: les leviers existent déjà. Les volumes sont là, l’argent aussi, les critères aussi. Reste à transformer la puissance d’achat du département en assiettes plus solides que le cahier des charges.