Article

Petite enfance, téléassistance, chauffage: ce que les marchés du 92 disent du vrai coût du quotidien

Crèches, aide à domicile, repas livrés, chauffage: plusieurs marchés publics récents révèlent où la pression monte dans les Hauts-de-Seine.

Illustration - services quotidiens et habitat

En deux jours, la commande publique alto-séquanaise a laissé voir autre chose qu’une suite d’avis techniques. Issy-les-Moulineaux cherche une prestation d’intérim pour la petite enfance. Le centre communal d’action sociale de Meudon relance sa téléassistance. Asnières-sur-Seine prépare le renouvellement de son contrat de restauration scolaire et de portage de repas, qui arrive à échéance en septembre 2027. Hauts-de-Seine Habitat, lui, a attribué un marché à bons de commande de 800 000 euros hors taxes sur ses installations de chauffage et d’eau chaude. Pris ensemble, ces dossiers racontent où la pression monte: faire tourner les crèches, aider à vieillir chez soi et maintenir habitable un parc immobilier dense.

Le cas d’Issy est le plus net. Quand une ville passe un marché d’intérim pour la petite enfance, ce n’est pas un détail de gestion. C’est un symptôme. En France, l’offre d’accueil des moins de 3 ans est retombée à 1,306 million de places en 2023, soit 0,6 % de moins qu’un an plus tôt. Dans le même temps, le comité de filière petite enfance installé par l’État estime que la pénurie de professionnels s’est aggravée depuis 2022, avec déjà 10 000 postes manquants, et avertit que 40 % des assistants maternels pourraient quitter le métier d’ici 2030, ce qui ferait disparaître plus de 300 000 solutions d’accueil. Le problème n’est donc plus seulement d’ouvrir des places. C’est de trouver assez d’adultes pour tenir les journées, les remplacements et les amplitudes horaires.

Meudon et Asnières disent autre chose, mais tout aussi lourd. D’un côté, la téléassistance. De l’autre, le portage de repas. Les deux relèvent de la même bascule: une part croissante du service public se joue désormais à domicile. Au niveau national, les départements ont versé 1,5 million d’aides sociales aux personnes âgées en 2023, pour 8,9 milliards d’euros. Et les Hauts-de-Seine font déjà partie des territoires où les services à la personne sont le plus utilisés, avec un taux de recours proche de 18 % des ménages, contre 13,8 % en moyenne nationale. Dans les Hauts-de-Seine, cela veut dire une chose simple: l’assistance à domicile n’est plus un service périphérique. C’est une pièce centrale du quotidien.

Le marché attribué par Hauts-de-Seine Habitat remet enfin le bâtiment au bon endroit: au cœur du social. Le bailleur affiche 42 483 logements collectifs et 10 résidences autonomie. Son contrat de 800 000 euros sur le chauffage et l’eau chaude montre que l’entretien des équipements n’est pas une ligne de fond de tableau. C’est ce qui décide si un logement reste vivable, surtout pour des ménages modestes, des familles avec enfants ou des personnes âgées. Ce n’est pas un hasard si le schéma départemental des réseaux de chaleur rappelle que, dans les Hauts-de-Seine, plus de la moitié de l’énergie consommée, soit plus de 12 térawattheures, sert au chauffage et à l’eau chaude. Quand ces installations vieillissent ou décrochent, le problème est technique au départ, mais il devient très vite budgétaire, sanitaire et politique.

Le message est clair. Cette semaine, le 92 n’achète pas d’abord du prestige. Il achète des remplaçants en crèche, des alertes pour personnes fragiles, la préparation de repas livrés, de l’eau chaude et du chauffage. Dans un département riche, le point de friction est là aussi: faire tenir les services ordinaires, ceux qui ne font pas la une mais qui, le jour où ils coincent, bloquent tout le reste.