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À Gennevilliers, la navette vers Limay montre où le fleuve peut vraiment reprendre du trafic à la route

Une nouvelle liaison fluviale entre Gennevilliers et Limay relance la question du fret dans le 92, entre logistique portuaire, pression routière et report modal.

Navette fluviale et conteneurs

Début mars, une navette fluviale hebdomadaire a commencé à relier Gennevilliers à Limay pour transporter des conteneurs. Sur le papier, c’est modeste: 60 conteneurs standards à l’aller, 30 au retour, entre le jeudi et le vendredi. Mais l’intérêt est ailleurs. Cette ligne montre un cas très précis où le fleuve redevient crédible, entre deux plateformes équipées, sur des flux assez réguliers et assez massifs pour sortir une partie du trafic des routes franciliennes.

Dans les Hauts-de-Seine, cela compte parce que le port de Gennevilliers joue un rôle majeur. C’est la première plateforme multimodale d’Île-de-France, avec 401 hectares, 250 entreprises principales et plus de 8 000 emplois directs. Ses activités vont du bâtiment à l’agroalimentaire, de l’énergie au recyclage, avec la logistique et les conteneurs au cœur du site. Dans un département souvent raconté par ses bureaux, ses sièges et La Défense, le port rappelle une autre réalité: une partie du 92 vit aussi des flux de marchandises qui alimentent la métropole.

Le fond du sujet est là. En France, 89 % du fret intérieur passe encore par la route, 9 % par le rail et 2 % seulement par le fluvial. Le discours sur le report vers des modes moins polluants existe depuis des années. Les parts de marché, elles, bougent peu. Le camion garde l’avantage dès que les flux sont dispersés et que le client veut du souple, du rapide, du porte-à-porte. Le fleuve gagne seulement là où il peut massifier. Gennevilliers est l’un des rares endroits franciliens où cette équation tient.

En face, Limay n’est pas un quai de dépannage. La plateforme Limay-Porcheville couvre 125 hectares, dispose d’un terminal à conteneurs et se trouve connectée à la Seine, au rail et à l’autoroute A13. IKEA y construit un centre de distribution de 60 000 m² avec un quai fluvial dédié. Sur ce seul chantier, 15 000 tonnes de matériaux avaient déjà quitté le site par barge fin 2024, et 70 000 autres devaient suivre. La nouvelle navette relie donc deux points appelés à grossir, pas deux sites secondaires.

Surtout, Gennevilliers ne sert plus seulement à faire transiter des conteneurs vers l’intérieur du pays. Le port commence aussi à alimenter la logistique urbaine dense. IKEA y prépare déjà des commandes pour Paris avec acheminement fluvial vers Bercy, ce qui a permis d’éviter l’équivalent de 15 000 trajets de camions dans Paris pour plus de 100 000 clients. La Poste et Fludis annoncent de leur côté une ligne Gennevilliers-Boulogne capable de transférer 3 000 colis par jour et d’économiser 200 000 kilomètres de route par an.

Il ne faut pas survendre la séquence. Une rotation hebdomadaire ne changera pas à elle seule la circulation sur l’A86. Mais ce n’est pas un détail non plus. Là où les ports, les clients et les volumes s’alignent enfin, le fleuve recommence à prendre sa part. À Gennevilliers, ce retour ne relève pas du décor ni du folklore industriel. Il dit quelque chose de plus concret sur l’avenir du 92: la logistique restera structurante, et la vraie bataille ne se jouera pas seulement sur les routes, mais aussi sur les quais.