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À Meudon, le deuxième projet Equinix pose la vraie question du coût local des data centers

À Meudon, le projet d’un deuxième data center Equinix relance la question du foncier, du réseau électrique, du bruit et des bénéfices locaux dans le 92.

Data center à Meudon

L’enquête publique sur le projet Equinix PA15x est ouverte jusqu’au 4 mai à 17 heures. Le site visé se trouve au 7 avenue du Maréchal Juin, à Meudon-la-Forêt, sur l’ancien terrain industriel de PSA. Le dossier porte sur un centre de données de 22 178 m², voisin immédiat du PA13x d’Equinix, déjà en exploitation depuis 2025. Il prévoit 20 salles informatiques, 33 groupes électrogènes de secours, une sous-station électrique et deux liaisons souterraines à 225 000 volts. La première phase doit s’achever fin 2029, la seconde fin 2035.

Le vrai sujet n’est pas qu’un dossier soit en consultation. C’est qu’un deuxième site Equinix renforcerait à Meudon une concentration déjà nette d’infrastructures du numérique, dans un département où chaque emprise compte. Le projet s’installe en lisière de la forêt domaniale, à côté d’un autre data center, avec à proximité une crèche et un secteur appelé à accueillir résidences étudiantes, logements pour jeunes actifs et commerces. Le débat porte donc sur un usage très concret du sol: que réserve-t-on au logement, aux activités ordinaires, aux espaces de respiration, et que cède-t-on à l’infrastructure du cloud?

L’autorité environnementale chargée d’examiner le dossier n’a pas demandé l’abandon du projet. En revanche, elle a pointé des faiblesses sérieuses. Elle demande de mieux prouver les conditions réelles de récupération de la chaleur, d’élargir le bilan carbone à la construction et au renouvellement des équipements, et de refaire la campagne de mesures de bruit. Elle relève aussi qu’en cas de fonctionnement simultané des groupes électrogènes, les seuils réglementaires de bruit seraient dépassés. Autrement dit, les promesses de sobriété et d’intégration locale ne suffisent pas. Elles doivent être démontrées.

Ce dossier arrive au moment où la France pousse fort pour attirer les centres de données, au nom de la souveraineté numérique et de l’intelligence artificielle. RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, indiquait à la fin de 2025 qu’environ 14 gigawatts de capacités d’accès au réseau étaient déjà réservés pour des centres de données, sur 30 gigawatts attribués à l’ensemble des grands projets industriels et numériques. RTE estime aussi que la consommation des centres de données sur sites dédiés, aujourd’hui de l’ordre de 4 à 5 térawattheures en France, pourrait monter à environ 15 térawattheures dès 2030 dans sa trajectoire de forte croissance.

Le débat ne porte donc pas seulement sur quelques bâtiments techniques de plus. Il porte sur la place que ces projets prennent dans le réseau électrique, dans la stratégie industrielle du pays et dans l’arbitrage entre usages concurrents. Un centre de données n’est pas une abstraction. C’est du foncier immobilisé, de la puissance réservée, des câbles, du refroidissement, des groupes de secours, des contraintes de voisinage et des choix d’aménagement qui deviennent difficiles à défaire ensuite.

Equinix met en avant la reconversion d’une friche, des toitures végétalisées, des panneaux solaires et surtout la chaleur récupérée sur les serveurs. Le registre d’enquête annonce 25,8 MW de chaleur mise à disposition. C’est l’argument classique du data center utile au territoire. Mais la question est simple: utile pour qui, à quel rythme et à quelles conditions? Entre une chaleur théoriquement récupérable et une chaleur réellement injectée dans des bâtiments voisins, il y a des raccordements à financer, des usages à sécuriser et un calendrier à tenir.

La pression environnementale, elle, ne relève pas de l’hypothèse. En France, les centres de données ont prélevé 681 000 m³ d’eau en 2023, presque entièrement de l’eau potable, en hausse de 19 % sur un an. À l’échelle mondiale, l’Agence internationale de l’énergie estime qu’ils ont consommé 415 térawattheures d’électricité en 2024 et pourraient atteindre 945 térawattheures en 2030. L’Europe, de son côté, a déjà imposé des obligations de transparence pour les grands sites et prépare pour 2026 un nouveau paquet sur leur efficacité énergétique.

La bonne question n’est donc pas de savoir s’il faut être pour ou contre les data centers. Elle est plus sèche. Combien de foncier, de puissance électrique, de nuisances et de dépendance technique un territoire dense comme les Hauts-de-Seine accepte-t-il de prendre pour faire tourner l’économie numérique? Et qu’obtient-il en échange, au-delà des promesses de chaleur récupérée, d’attractivité et d’image technologique?

À Meudon, l’enquête publique pose exactement cela. Pas en théorie. En mètres carrés, en câbles, en bruit et en choix d’aménagement.