Depuis le 30 mars, la piste cyclable du pont de Neuilly est fermée jusqu’en octobre. Les cyclistes doivent traverser à pied par le trottoir. En parallèle, le boulevard Pesaro, dans le secteur du Croissant à Nanterre, est en travaux jusqu’à l’été avec déviation, et la voie de l’Horlogerie à Puteaux a connu une fermeture partielle avec circulation modifiée, stationnement interdit et nuisances de chantier. Pris séparément, ce sont trois avis pratiques. Pris ensemble, ils montrent autre chose: les accès à La Défense sont en train d’être repris morceau par morceau, et cela se répercute tout de suite sur les trajets.
Le sujet dépasse largement Neuilly, Puteaux ou Nanterre. Paris La Défense concentre environ 200 000 salariés, 50 000 habitants, 70 000 étudiants et 2 800 entreprises. Quand un pont, une bretelle ou un axe d’entrée sont dégradés ou fermés à cet endroit, ce n’est pas une simple gêne locale. C’est une tension de plus dans l’un des plus gros nœuds de circulation et d’activité du pays.
Le cas du pont de Neuilly est le plus parlant. Jusqu’en juin, les travaux portent sur l’étanchéité et la chaussée. De juillet à octobre, le chantier doit déboucher sur un aménagement durable, avec une piste cyclable bidirectionnelle au nord, une bande cyclable bidirectionnelle au sud, des trottoirs repris, un éclairage modernisé et deux zones de stationnement vélo. On ne répare donc pas seulement un ouvrage. On essaie enfin de faire tenir correctement, sur un axe stratégique, des usages qui existaient déjà dans des conditions trop fragiles.
C’est le vrai fond du dossier. La Défense ne peut pas promettre plus de vélo, plus de marche, plus de vie locale et moins de dépendance à la voiture avec des accès pensés d’abord pour écouler du trafic. L’établissement public vise 47 % de pistes cyclables supplémentaires et plus de 50 000 cyclistes quotidiens d’ici 2030. Au niveau national, l’État pousse dans le même sens avec un plan qui vise 80 000 kilomètres d’aménagements cyclables sécurisés en 2027 et 100 000 en 2030. Le pont de Neuilly n’est donc pas un détail technique. C’est un test très concret de la capacité du quartier à changer de modèle.
Le boulevard Pesaro raconte la même histoire sous un autre angle. Les travaux en cours préparent les futurs aménagements du Croissant. Derrière la reprise de voirie et le déplacement de réseaux, Paris La Défense pousse une transformation plus lourde du secteur, avec logements, équipements, commerces et nouvelles liaisons vers les quartiers voisins et le parc André-Malraux. Là encore, le chantier visible n’est qu’une partie du sujet. En dessous, c’est tout un morceau de ville qui est en train d’être rebranché.
Le problème, pour les usagers, est simple. Cette bascule se fait en ordre dispersé. Un bout dépend de Neuilly, un autre de Paris La Défense, un autre encore de l’État ou de Puteaux. Les travaux s’additionnent plus vite que l’information claire. Mais la leçon, elle, est limpide: transformer La Défense en quartier moins routier et plus praticable ne se fera pas en douceur. Cela commence par des détours, des accès dégradés et des habitudes qu’il faut casser. Ce printemps, les usagers voient très concrètement ce que coûte cette bascule.