Le centre de tri de Nanterre restera exploité jusqu’au 30 juin 2028. Le Syctom, l’établissement public qui traite les déchets ménagers d’une large partie de l’agglomération parisienne, a prolongé son marché de 18 mois alors qu’il devait s’arrêter début 2027. Ce choix dit une chose simple: aujourd’hui, trier les déchets coûte plus cher, brûle plus facilement et devient plus difficile à organiser.
Le site de Nanterre n’a rien d’un équipement secondaire. Il trie une partie des emballages et papiers de plusieurs territoires de l’ouest francilien, pour environ 1,6 million d’habitants, avec une capacité portée à 55 000 tonnes par an après modernisation. Quand ce centre ralentit ou décroche, ce n’est pas un problème de coulisse administrative. C’est un maillon du service public qui se grippe.
Pourquoi prolonger plutôt que relancer tout de suite un nouveau contrat? D’abord parce que le secteur a pris feu, au sens propre. Le Syctom rappelle deux gros sinistres récents, à Nanterre en 2022 puis à Paris XVII en 2025. Le centre parisien reste fermé pour une durée indéterminée. Celui de Nanterre a redémarré, mais après de longs travaux. Depuis, les assureurs ont durci leurs exigences et le Syctom veut encore renforcer la protection incendie du site, avec un programme finalisé en 2026 et des travaux annoncés pour 2027.
Le fond du problème dépasse d’ailleurs Nanterre. Dans les centres de tri, les départs de feu viennent de plus en plus de déchets mal orientés, surtout les batteries au lithium et les cartouches de protoxyde d’azote. Le gouvernement a indiqué au Sénat, en mars, que les deux tiers des incidents recensés étaient liés à des erreurs de tri de piles et batteries au lithium. Le Syctom en fait désormais un enjeu majeur de sécurité, pas un simple rappel de consignes aux habitants.
L’autre raison tient aux règles qui bougent. L’Union européenne impose désormais un cap de 90 % de collecte séparée en 2029 pour les bouteilles plastiques et les canettes métalliques. Si la France n’y arrive pas, elle devra mettre en place un système de consigne. Pour un centre comme Nanterre, ce n’est pas un détail. Si une partie des emballages les plus faciles à capter sort du bac jaune, les volumes, les revenus tirés des matériaux recyclés et l’équilibre du futur contrat peuvent changer. Le Syctom préfère donc attendre des simulations plutôt que signer à l’aveugle.
Cette prolongation ne raconte donc pas un simple retard. Elle raconte un basculement. On a longtemps présenté le tri comme un geste simple. Il le reste pour l’habitant. Mais derrière le bac jaune, le système est devenu plus instable: plus de risques, plus de normes, plus d’incertitude économique. Nanterre gagne 18 mois parce que toute la chaîne cherche encore sa nouvelle stabilité.