
Près de 170 colis expédiés en neuf mois depuis des points Mondial Relay de Blagnac. Selon La Dépêche du Midi, les policiers soupçonnent ces envois d’avoir servi à distribuer des armes clandestines en France et à l’étranger, notamment en Italie. Leur enquête les a conduits jusqu’à un bungalow de Cornebarrieu, à l’ouest de Toulouse, où un atelier de fabrication et de transformation d’armes a été démantelé le 2 novembre.
Sur place, les policiers ont saisi un fusil d’assaut, trois pistolets-mitrailleurs, une quinzaine d’armes de poing, près de cent chargeurs et plusieurs kilogrammes de munitions, selon le procureur de Toulouse, David Charmatz. Un stand de tir avait même été aménagé en retrait de la propriété.
Mais les enquêteurs ne cherchaient pas initialement cet atelier. Ils suivaient la trace de pistolets fabriqués avec des imprimantes 3D, dans une affaire commencée plusieurs mois auparavant.
Des pistolets imprimés en 3D à un autre atelier
En juin, les policiers de Toulouse et de Pau avaient démantelé un premier atelier près de Pau. Quatre jeunes hommes, âgés de 17 à 21 ans, avaient été mis en examen. Ils étaient soupçonnés de fabriquer des pistolets fonctionnels à l’aide d’imprimantes 3D et de les vendre sur les réseaux sociaux.
Les policiers ont ensuite remonté la piste des acheteurs. D’après La Dépêche, l’analyse de comptes Telegram et Signal a mené les enquêteurs vers un Toulousain utilisant le pseudonyme d’« Octavio ». Des surveillances, écoutes et filatures leur auraient permis de découvrir une autre équipe, soupçonnée de fabriquer et de vendre des armes.
À Cornebarrieu, aucune imprimante 3D n’aurait été retrouvée. Les méthodes étaient différentes : les suspects auraient assemblé des pièces détachées provenant notamment de l’étranger et transformé des armes à blanc pour leur permettre de tirer de véritables munitions.
Dans un article publié en juin, l’Unité nationale de police judiciaire relayait les explications d’un expert en balistique : les armes imprimées en 3D restent marginales et souvent peu fiables, tandis que la transformation d’armes factices constitue une autre filière de trafic. Les procédés ne sont pas identiques, mais ils permettent tous deux de produire clandestinement des armes susceptibles d’être revendues.
Une distribution par colis ordinaires
À Cornebarrieu, la fabrication n’aurait été qu’une partie de l’activité. Selon La Dépêche, les suspects auraient également organisé l’approvisionnement, la recherche d’acheteurs et les expéditions.
Les clients auraient été recrutés par bouche-à-oreille et sur des messageries chiffrées. Pour les livraisons, les suspects auraient utilisé des points Mondial Relay de Blagnac. Entre janvier et septembre 2026, les enquêteurs auraient recensé près de 170 colis soupçonnés d’avoir servi au trafic.
Ces expéditions ne correspondent pas nécessairement à 170 armes vendues, et le parquet n’a pas publié de bilan détaillé de leur contenu. Mais l’enquête rapportée par le quotidien décrit des envois répétés, avec des destinataires dans différentes régions françaises et en Italie.
L’atelier était installé dans une propriété isolée, en lisière de bois. Les ventes, elles, auraient reposé sur des outils parfaitement ordinaires : messageries, emballages et services de livraison.
Six gardes à vue, des présentations à la justice
Les policiers sont intervenus les 1er et 2 novembre. Huit personnes ont été interpellées, selon La Dépêche. Deux ont été libérées et six autres, cinq hommes et une femme âgés de 24 à 32 ans, ont été placées en garde à vue.
Dans son communiqué du 5 novembre, le procureur David Charmatz annonçait la présentation de trois suspects à une juge d’instruction en vue de leur éventuelle mise en examen. Les trois autres devaient être présentés le lendemain. Les décisions judiciaires ultérieures n’ont pas pu être confirmées.
L’information judiciaire porte notamment, selon La Dépêche, sur des faits présumés de fabrication, d’acquisition, de détention et de cession illégales d’armes, ainsi que d’association de malfaiteurs. Les responsabilités individuelles restent à établir.
Les armes saisies à Cornebarrieu permettent aux enquêteurs d’examiner l’activité de l’atelier. Reste à établir ce que transportaient les quelque 170 colis expédiés depuis Blagnac et qui les a reçus.
Sources consultées
- Le Figaro avec AFP, repris par AllniraUn atelier clandestin de fabrication d'armes saisi : six personnes en garde à vue
- La Dépêche du Midi, Rémi Buhagiar et Jean CohadonLes armes étaient fabriquées dans un bungalow près de Toulouse : l'incroyable démantèlement d'un discret atelier, les pistolets vendus à travers la France et l'Italie puis envoyés par colis
- Gendarmerie nationale, Unité nationale de police judiciaireTrafic d'armes : de l'impression 3D aux modèles factices modifiés, de nouvelles menaces en France ?