
Au Vernet, à vingt kilomètres au sud de Toulouse, une usine de tri textile fonctionne encore très en dessous de ses objectifs. Recyclocal Textiles reçoit environ 100 tonnes de vêtements usagés et de chutes de fabrication chaque mois. La coopérative vise pourtant, à terme, 10 000 tonnes par an.
Le frein n’est pas seulement technique. Selon la coopérative, environ 70 % des textiles reçus peuvent être valorisés. Les 30 % restants doivent être éliminés, aux frais de l’usine. Quant au travail nécessaire pour séparer les matières, il reste insuffisamment financé, estime son président.
Installée dans l’ancienne station radio maritime du Vernet, qui communiquait autrefois avec des navires à des milliers de kilomètres, l’unité a commencé à produire fin 2025. Elle a été inaugurée le 1er octobre 2026.
Des déchets triés pour des fabricants qui les attendent
La difficulté du recyclage textile commence bien avant la fabrication d’un nouveau vêtement. Une filature ne peut pas travailler n’importe quel mélange de coton et de polyester. Un fabricant d’isolants ou un recycleur chimique n’a pas les mêmes besoins. Encore faut-il reconnaître les fibres et constituer des lots suffisamment homogènes.
Au Vernet, deux lignes automatisées développées avec le groupe espagnol Coleo analysent les textiles par composition et par couleur. Des caméras et une technologie d’analyse hyperspectrale permettent d’orienter chaque pièce vers la bonne catégorie. Le retrait des boutons, fermetures éclair et autres accessoires reste, pour l’instant, manuel.
La particularité de Recyclocal tient aussi à ses propriétaires. La coopérative réunit des industriels qui utilisent eux-mêmes les matières préparées : les Filatures du Parc pour fabriquer du fil recyclé, Buitex pour les isolants, Paul Boyé pour les vêtements professionnels ou encore Petshka pour le recyclage chimique du polyester.
Les partenaires s’engagent à reprendre les matières correspondant à leurs besoins. L’usine ne se contente donc pas d’accumuler des balles de vêtements en espérant leur trouver un acheteur. Elle trie en fonction de débouchés industriels identifiés.
Ce fonctionnement a permis de traiter environ 1 100 tonnes pendant la première année d’activité, selon l’ADEME. L’investissement représente 2,25 millions d’euros, dont près de 900 000 euros d’aide de l’agence.
Le tiers des textiles dont personne ne veut
La coopérative se heurte pourtant à un problème que ses machines ne résolvent pas : certains vêtements, notamment ceux dont les fibres sont difficiles à séparer, n’ont toujours pas de filière de recyclage viable.
Dans un reportage publié le 2 novembre par ToulÉco, Emmanuel Kasperski, président de Recyclocal Textiles, chiffre à 250 euros par tonne le coût d’élimination des refus, qui représentent environ 30 % des volumes reçus.
Il évoque également une aide de Refashion de 150 euros par tonne valorisée pour le sur-tri, que la coopérative attend encore. Les 150 euros concernent les textiles valorisés, les 250 euros les refus éliminés : deux postes distincts qui compliquent l’équilibre économique de l’usine.
La coopérative attend une meilleure rémunération de ce travail avant d’accélérer. Dans sa contribution à la consultation publique de juillet sur la réforme de la filière textile, elle demandait déjà des aides spécifiques au fonctionnement du sur-tri et à la préparation des matières pour le recyclage.
Collecter des vêtements usagés ne garantit pas leur recyclage : il faut aussi financer les opérations qui permettent aux industriels de les réutiliser. Les débouchés traditionnels à l’exportation se réduisent, alors que les capacités françaises de préparation au recyclage restent limitées.
Au Vernet, huit personnes travaillent actuellement dans l’usine, selon ToulÉco. La coopérative espère porter cet effectif à une trentaine pour augmenter la cadence. L’ADEME évoque un objectif intermédiaire de 6 000 tonnes annuelles d’ici trois ans, avant les 10 000 tonnes visées à terme. Les lignes sont installées, les industriels prêts à reprendre les matières sont associés au projet. Pour augmenter les volumes, il faut désormais mieux rémunérer le travail de tri.
Sources consultées
- ADEME InfosUne filière régionale du recyclage textile prend forme en Haute-Garonne
- ToulÉcoLes industriels associés de Recyclocal Textiles traitent leur linge en famille
- Interreg Sudoe / Fashion ForwardUne unité industrielle territoriale pour transformer les déchets textiles en nouvelles matières premières
- Recyclocal TextilesDerrière les portes : comment nous transformons les déchets textiles en ressources
- Ministère de la Transition écologiqueConsultation publique sur le projet de cahier des charges de la filière TLC, contribution de Recyclocal Textiles du 29 juillet 2026