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Au Château d’Eau, le Capitole inversé ouvre deux siècles de photographie

Du Capitole photographié vers 1839 aux portraits de Germaine Chaumel, le Château d’Eau de Toulouse explore deux siècles de photographie jusqu’au 21 février 2027.

Illustration - Le Capitole photographié à l’envers

Sur cette image du Capitole, la gauche et la droite ont échangé leurs places. Le daguerréotype, attribué à l’opticien Antoine Bianchi et daté, sous réserve, de 1839, compte parmi les pièces les plus étonnantes des « Vies de la photographie », l’exposition ouverte le 16 octobre au Château d’Eau, à Toulouse.

Cette plaque métallique, conservée au musée des Arts Précieux Paul-Dupuy, remonte aux premiers temps de la photographie. Mais elle ouvre aussi une autre histoire : celle des Toulousains qui, depuis près de deux siècles, photographient leur ville, ses habitants et le monde qui les entoure.

Des rues de Toulouse aux photographies de famille

En 1891, Georges Ancely photographie la rue Gambetta. Horloger de métier et photographe passionné, il s’intéresse aussi bien aux scènes de la vie quotidienne qu’aux paysages des Pyrénées ou aux débuts du tourisme. Ses plaques de verre, soigneusement titrées et inventoriées, constituent aujourd’hui de précieuses archives du Sud-Ouest. Une partie de son fonds est entrée au musée Paul-Dupuy en 1971.

Quelques décennies plus tard, Germaine Chaumel porte son regard sur les habitants de Toulouse et sur sa propre famille. En 1942, elle photographie sa fille Paqui sur la plage d’Argelès. Cette image, également présentée dans l’exposition, révèle une facette intime de la photographe toulousaine.

Portraitiste dans son studio de la rue Saint-Étienne, Chaumel travaille aussi pour la presse. Le 11 novembre 1942, elle photographie clandestinement l’arrivée des soldats allemands place du Capitole, son Rolleiflex dissimulé sous son manteau. Le bâtiment photographié par Bianchi un siècle plus tôt devient ainsi le décor d’un événement historique. Chaumel saisit aussi bien ces événements que la vie quotidienne, avec une attention particulière aux personnes.

Son rôle dans la photographie toulousaine ne s’arrête pas à ses images. Après la guerre, elle fait entrer un jeune confrère, Jean Dieuzaide, dans le Cercle photographique des XII. Celui-ci deviendra l’une des figures majeures de la photographie française.

Une galerie née de cette histoire

En 1974, Jean Dieuzaide fonde le Château d’Eau, première galerie publique française consacrée à la photographie d’auteur. Une ancienne installation hydraulique des bords de Garonne devient ainsi un lieu où les photographes peuvent présenter leur travail comme des artistes à part entière.

Cinquante-deux ans plus tard, l’exposition permet de retrouver les images de ceux qui ont précédé cette aventure, mais aussi d’observer ce que la galerie a choisi de montrer et de collectionner.

Le Château d’Eau possède aujourd’hui près de 6 000 tirages. Le noir et blanc y domine, les artistes femmes restent sous-représentées et les œuvres proviennent surtout d’Europe et des États-Unis. La place de Germaine Chaumel dans l’histoire de Jean Dieuzaide donne un relief particulier à ce déséquilibre.

Pour cette exposition, la commissaire Nathalie Boulouch a notamment fait une large place aux années 1970 et 1980, celles des débuts de la galerie, en associant ces photographies aux pièces plus anciennes des musées Georges-Labit et Paul-Dupuy.

Un compte rendu publié par Culture31 relève toutefois que l’abondance des œuvres peut rendre le parcours difficile à suivre, notamment lorsque les légendes des photographies sont éloignées des images.

Jusqu’au 21 février 2027

L’exposition se poursuit au Château d’Eau, 1 place Laganne, du mercredi au dimanche, de 11 h à 18 h. L’entrée coûte 5 €, ou 3 € au tarif réduit. Elle est gratuite pour les moins de 6 ans et pour tous les visiteurs le premier dimanche du mois.

Deux visites suivies d’un atelier pop-up sont également proposées aux familles les 4 novembre et 2 décembre, à 14 h 30, pour les enfants dès 6 ans obligatoirement accompagnés d’un adulte. Chaque participant doit disposer d’un billet : 10 € au plein tarif, 8 € pour un mineur accompagné ou certains publics bénéficiant d’une réduction. Les places peuvent être réservées sur la billetterie du Château d’Eau.

À la sortie, les visiteurs peuvent rejoindre la rue Gambetta et comparer la Toulouse d’aujourd’hui à celle que Georges Ancely avait photographiée en 1891.

Sources consultées
  1. Le Château d’EauLes vies de la photographie
  2. Culture31Les vies de la photographie • Le Château d’Eau
  3. Musée des Arts Précieux Paul-DupuyClichés du canal
  4. Germaine ChaumelBiographie
  5. Archives municipales de ToulouseFonds Jean Dieuzaide
  6. Le Château d’EauVisite & atelier pop up