
À Saint-Sulpice-sur-Lèze, Sylvette Condis sort son téléphone lorsqu’un poids lourd traverse le centre historique aux heures interdites. Elle photographie sa plaque d’immatriculation, puis transmet, selon ses explications à RTL, le cliché à l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (ANTAI). Faute de police municipale, la maire de cette bastide de 2 300 habitants participe elle-même à la verbalisation des transporteurs.
Une entreprise l’a appelée après avoir reçu deux contraventions. Cette chasse aux plaques répond à un problème routier ancien : Saint-Sulpice se trouve sur un raccourci emprunté par les camions pour éviter Toulouse.
Un raccourci au pied des maisons
La départementale D622 permet de relier l’A64, à Capens, à l’A61 ou à l’A66, via Auterive. Pour les transporteurs, cet itinéraire évite les embouteillages de l’agglomération toulousaine et certains péages. Pour Saint-Sulpice, il fait passer des semi-remorques entre les façades d’une bastide médiévale.
Les nuisances dépassent largement le bruit des moteurs. En octobre, Sabine, fondatrice de l’association Stop Poids Lourds, raconte à RTL que les vibrations font trembler les lits des habitants. Elle évoque aussi un camion qui, en tentant d’en croiser un autre pendant le marché de Noël, est monté sur le trottoir et a emporté des barrières. L’association rassemble une centaine de riverains.
Le trafic est documenté depuis longtemps. En 2017, un comptage du Département relevait déjà plus de 300 camions et environ 5 000 voitures par jour sur la seule D622, sans compter l’axe Toulouse-Foix. RTL évoque aujourd’hui 350 poids lourds quotidiens, une estimation qui ne constitue pas un nouveau comptage officiel.
Un arrêté depuis 2019, des verbalisations annoncées en 2025
Pour limiter le transit, plusieurs communes de cet itinéraire se sont mobilisées dès 2018. À Saint-Sulpice, un arrêté en vigueur depuis 2019 interdit aux poids lourds en transit de circuler de 7 h à 10 h, de 11 h 30 à 14 h et de 16 h à 19 h. La desserte locale reste autorisée.
Sur les douze heures comprises entre 7 h et 19 h, le transit des poids lourds n’est donc autorisé que pendant trois heures et demie.
Encore faut-il faire respecter ces horaires. La municipalité a annoncé sa démarche de verbalisation à l’automne 2025. Le 1er juillet 2026, Sylvette Condis et trois adjoints participaient à une opération avec la gendarmerie, chacun procédant à des contrôles dans le cadre de ses compétences.
Les maires et leurs adjoints ont légalement la qualité d’officier de police judiciaire. À Saint-Sulpice, la mairie précise cependant que sa démarche porte sur les horaires de circulation, pas sur les excès de vitesse.
Les amendes permettent de sanctionner les infractions constatées. Aucun bilan public ne démontre encore qu’elles ont réduit durablement le trafic interdit.
Un itinéraire de 32 km étudié à près de 90 millions d’euros
En 2023, le Département de la Haute-Garonne a étudié l’aménagement de 32 kilomètres entre Capens et Nailloux.
Le scénario retenu pour approfondissement prévoit notamment une déviation de Saint-Sulpice avec un pont sur la Lèze, une déviation d’Auterive, des améliorations de la D622 et un nouvel échangeur sur l’A66. Coût estimé pour l’ensemble : 82 à 90 millions d’euros hors taxes. La fiche évoque une mise en service à l’horizon 2040, sans financement arrêté ni calendrier de réalisation défini.
Cette solution soulève aussi une question commerciale. En 2024, l’ancien maire Jacques Agrain redoutait qu’un contournement ne prive les commerces du passage dont ils bénéficient, comme il estimait l’avoir observé à Noé et Martres-Tolosane.
Depuis, la protection du centre historique a franchi une étape : le 27 mars 2026, le ministère de la Culture a classé la bastide, ses faubourgs et son château au titre des sites patrimoniaux remarquables.
Saint-Sulpice possède désormais une reconnaissance patrimoniale nationale et une réglementation destinée à limiter les camions. Mais la traversée du village reste avantageuse pour certains transporteurs. Sylvette Condis continue donc à surveiller les plaques d’immatriculation.
Sources consultées
- Mairie de Saint-Sulpice-sur-LèzePoids lourds : la municipalité de Saint-Sulpice-sur-Lèze pleinement mobilisée pour faire respecter l'arrêté pendulaire
- RTL« Je vais prendre en photo la plaque d'immatriculation » : dans ce village de 2 000 habitants près de Toulouse, c'est la maire qui met des amendes aux poids lourds
- Mairie de Saint-Sulpice-sur-LèzeBulletin municipal 2019
- Conseil départemental de la Haute-Garonne / Études multimodales toulousainesSynthèse des études de projets aux horizons 2030 et 2040, étude n°17 et fiche n°19
- La Dépêche du MidiAutoroutes A64, A66, A61 : les poids lourds en ville, Saint-Sulpice-sur-Lèze en a ras le bol
- Ministère de la Culture / LégifranceArrêté du 27 mars 2026 portant classement du site patrimonial remarquable de Saint-Sulpice-sur-Lèze