
À Toulouse, Gaëlle Giesen travaille au CNES sur des missions d’exploration spatiale. Du 18 au 24 octobre, elle défendra les couleurs françaises aux championnats du monde de parachutisme, à Eloy, en Arizona. C’est là qu’elle avait remporté sa première Coupe du monde, en 2019.
Depuis, l’ingénieure et astrophysicienne a ajouté deux records mondiaux féminins de plongée profonde à son palmarès. Elle avait même quitté l’équipe de France de parachutisme fin 2022 pour se consacrer à de nouveaux défis sous-marins. Mais son retour à la compétition en 2025 a été fracassant.
Avec l’équipe féminine Nephtys, elle a remporté la Coupe du monde et le championnat d’Europe de vol relatif à quatre, aux Pays-Bas, en septembre 2025. Cette fois, c’est un titre mondial que les Françaises vont tenter de décrocher.
Trente-cinq secondes pour quatre parachutistes
Le vol relatif est une affaire de précision collective. Quatre athlètes quittent l’avion, se rejoignent en chute libre et enchaînent des figures en s’agrippant les unes aux autres. Elles disposent de 35 secondes pour réaliser le maximum de figures validées.
Les figures sont tirées au sort avant la compétition. À chaque manche, toutes les équipes exécutent le même programme. Un cinquième membre filme les évolutions avec une caméra fixée sur son casque : sans images suffisamment nettes, les juges ne peuvent pas attribuer les points. Après dix sauts, l’équipe ayant réalisé le plus de figures correctes l’emporte.
Gaëlle Giesen évoluera avec Paméla Lissajoux, Alexandra Petitjean et Marie Pineau, accompagnées de Godeleine de Saint Just à la vidéo. L’équipe est vice-championne de France à Vannes en août dernier.
Licenciée au Centre école de parachutisme sportif de l’Ariège, la Toulousaine a notamment retrouvé ses coéquipières pour un stage à Pamiers en mai. L’entraîneur national Mathieu Bernier fixe l’objectif d’Eloy : au minimum l’argent.
Elle avait quitté le ciel pour descendre à 222 mètres
Le parachutisme a longtemps occupé une place considérable dans sa vie. Intégrée à l’équipe de France titulaire en 2018, Gaëlle Giesen réalisait alors environ 600 sauts par an. Elle avait déjà remporté une Coupe du monde et plusieurs médailles mondiales lorsqu’elle a décidé d’arrêter la compétition fin 2022.
Elle s’est alors fixé un nouvel objectif : battre le record féminin de plongée profonde.
Le 30 septembre 2024, au large de Cassis, elle atteint 222 mètres de profondeur en recycleur, un appareil respiratoire qui permet de réutiliser le gaz expiré après traitement. Nouveau record mondial féminin dans cette catégorie.
La descente dure quatorze minutes. La plongée entière, quatre heures et demie. Au dernier palier de décompression, à seulement six mètres sous la surface, elle doit patienter une heure et quarante minutes.
Pour passer le temps, elle regarde même une partie du film Dune, de Denis Villeneuve. Sous l’eau, face aux paysages désertiques de la planète Arrakis : le contraste l’avait amusée.
En août 2025, elle établit un second record féminin, cette fois en plongée souterraine avec recycleur, à 230 mètres de profondeur dans la grotte de Port-Miou, près de Cassis.
Trois passions, un calendrier et beaucoup de tableaux Excel
Comment concilier ces performances avec une carrière scientifique ?
Gaëlle Giesen, diplômée de l’École polytechnique fédérale de Lausanne et docteure en astrophysique, travaille au CNES à Toulouse. Elle participe notamment à Dragonfly, mission de la NASA destinée à explorer Titan, une lune de Saturne, et à Ariel, mission européenne consacrée aux atmosphères des exoplanètes.
Interrogée par la Fédération française de parachutisme en février 2025, elle résumait son organisation avec humour : « Ce n’est qu’une affaire d’organisation et de tableaux Excel ! »
Les échéances professionnelles, les stages sportifs et les plongées sont planifiés des mois à l’avance. Elle explique fonctionner avec des rétroplannings, comme pour un projet scientifique. La préparation mentale acquise en parachutisme lui a également servi lors de ses plongées profondes.
Mais elle récuse l’image d’une aventurière uniquement attirée par le danger. Dans un entretien accordé à l’EPFL, elle explique que sa motivation tient d’abord à la découverte de milieux normalement inaccessibles à l’être humain grâce à la technologie.
Ses records de plongée répondaient aussi à une autre ambition : montrer que les grandes profondeurs ne sont pas réservées aux hommes, très majoritaires dans cette discipline.
Un retour dans le désert de sa première victoire
L’Arizona possède une place particulière dans ses souvenirs. En 2019, lors de sa première Coupe du monde, son équipe avait pris une avance presque décisive après neuf sauts.
Gaëlle Giesen raconte avoir pris conscience de la victoire seulement après avoir ouvert son parachute. Elle avait alors prolongé sa descente pour contempler le désert, sans plus penser aux figures ni au classement.
Sept ans plus tard, elle retrouve ce ciel avec Nephtys, après une saison 2025 couronnée de deux titres internationaux. À Eloy, elle aura dix sauts pour tenter de décrocher l’or, avant de retrouver, parachute ouvert, le désert de sa première victoire.
Sources consultées
- Fédération française de parachutismeLes équipes de France prennent la direction des États-Unis pour les Championnats du Monde 2026
- Fédération française de parachutismeCoupe du Monde et Championnats d’Europe 2025 de VR et DA
- Fédération française de parachutismePortrait de Gaëlle Giesen – Entre étoiles, ciel et abysses : le triple défi d’une passionnée
- École polytechnique fédérale de LausanneDécouvrir de nouveaux milieux et assouvir sa curiosité
- École polytechnique fédérale de LausanneGaëlle Giesen, Une vie d'explorations entre étoiles, ciel et abysses