
Dans une salle de travaux pratiques du campus de Rangueil, à Toulouse, les pièces d’un orgue de 52 tuyaux ne vont pas ensemble. Vendredi 16 octobre, une visite limitée à 25 personnes permettra de découvrir cet instrument expérimental associé au physicien Henri Bouasse, dans le cadre du festival Toulouse les Orgues.
Les tuyaux proviennent d’un véritable orgue, probablement fabriqué en Angleterre à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe. Mais aucun des deux sommiers conservés, ces mécanismes qui distribuent l’air aux tuyaux, ne leur correspond. Quant au soufflet, il ne s’adapte pas aux sommiers. Trois éléments distincts dont l’assemblage actuel ne correspond pas à celui d’un orgue classique.
Pourquoi un physicien avait-il besoin d’un orgue ?
Henri Bouasse (1866-1953), professeur à la faculté des sciences de Toulouse de 1892 à 1937, n’était pas étranger à la musique. Il possédait un orgue chez lui, dont il jouait une heure chaque jour. Il consacra plusieurs ouvrages à l’acoustique, notamment à la technique des instruments.
Sur le sommier inférieur, le facteur d’orgues Nicolas Lanaspèze a identifié des soupapes à ouverture progressive, inhabituelles sur un orgue classique.
Sur un instrument de musique, une touche commande normalement l’arrivée d’air pour produire une note stable. Ici, les soupapes permettaient de faire varier progressivement le débit, et donc de modifier le timbre et même la hauteur de la note. Un dispositif particulièrement intéressant pour étudier les phénomènes acoustiques.
Le restaurateur soupçonne que ces mécanismes ont servi à expérimenter des pressions d’air supérieures à celles d’un orgue ordinaire. Leur usage précis reste toutefois à reconstituer. Les tuyaux, eux, avaient bel et bien été fabriqués pour jouer de la musique avant d’être récupérés.
Seize tuyaux peuvent de nouveau sonner
Après le déménagement de la faculté des sciences vers Rangueil, les éléments de l’instrument sont restés démontés pendant plusieurs décennies. Leur redécouverte, à partir de 2006, a accompagné la constitution du Cabinet de Physique de l’université.
Chargé de la restauration, Nicolas Lanaspèze, facteur d’orgues installé à Rabastens dans le Tarn, a consacré environ 150 heures à l’ensemble. Plutôt que de transformer ces pièces disparates en orgue de concert, il a conservé leur caractère expérimental.
Les petits sommiers ont été réparés, leurs peaux d’étanchéité remplacées avec des colles animales réversibles, et un ventilateur électrique installé. Seize des 52 tuyaux peuvent désormais recevoir de l’air. L’ensemble a été inauguré en juillet 2025 et peut aussi servir aux travaux pratiques d’acoustique.
Une visite gratuite, sur réservation
Vendredi 16 octobre à 16 heures, Corinne Labat et Carlos de Matos présenteront l’orgue et le Cabinet de Physique, qui conserve des appareils scientifiques des XIXe et XXe siècles.
La visite durera une heure, en salle H10 du bâtiment 3TP1, au 292 promenade étudiante, sur le campus de Rangueil.
L’entrée est gratuite, mais la jauge est limitée à 25 personnes. La réservation est obligatoire auprès de la billetterie de Toulouse les Orgues. Le nombre de places encore disponibles n’est pas indiqué.
Dans le Cabinet de Physique de Rangueil, ces petites soupapes permettent précisément ce qu’un organiste cherche à éviter : faire varier la hauteur d’une note.
Sources consultées
- Université de ToulouseL'orgue de Bouasse : un instrument de physicien
- Toulouse les OrguesL'orgue Bouasse : un instrument de physicien
- Université de ToulouseL'orgue du professeur Bouasse
- Université de ToulouseUne restauration par le menu
- Université de ToulouseUn orgue pour la science : inauguration de l'orgue de Bouasse restauré