
Un satellite en panne est souvent un objet perdu. Une fois lancé, il est difficile d’intervenir sur une pièce défectueuse ou de modifier une machine qui peut pourtant représenter des centaines de millions d’euros. À Toulouse, ArcSpace travaille sur une idée qui pourrait changer cette logique : fabriquer des outils capables de découper, assembler et souder des matériaux directement dans l’espace.
La start-up, créée en 2022 en Île-de-France, ouvre une implantation à Toulouse pour se rapprocher du tissu spatial local, notamment du CNES, du Commandement de l’espace et des industriels présents dans la région. Elle vient également de lever plus de 2 millions d’euros pour préparer une première démonstration en orbite prévue en 2027.
Le pari d’ArcSpace repose sur une technologie connue dans l’industrie terrestre : le soudage par faisceau d’électrons. Le procédé utilise un faisceau d’énergie concentré pour assembler des pièces métalliques sous vide. Le défi n’est donc pas d’inventer une nouvelle manière de souder, mais de rendre cette technique suffisamment compacte et robuste pour fonctionner hors de la Terre.
L’entreprise développe un outil de format réduit, comparable à une bouteille d’eau d’un litre et demi, qui doit permettre plusieurs opérations : découpe, assemblage et soudage. L’objectif est de rendre possibles des opérations de maintenance ou de construction en orbite, par exemple pour prolonger la durée de vie d’un satellite ou assembler des structures trop grandes pour être lancées en une seule pièce.
Cette ambition répond à une limite très concrète du spatial actuel. Les satellites sont généralement conçus pour fonctionner pendant leur mission prévue, pas pour être réparés. Certaines opérations de prolongation de vie existent déjà, mais elles nécessitent souvent des équipements préparés à l’avance pour être ravitaillés, inspectés ou manipulés. ArcSpace vise une étape différente : intervenir avec un outil capable de travailler sur des structures qui n’ont pas été pensées pour cela.
La technologie n’est toutefois pas encore un service opérationnel. L’entreprise indique avoir réalisé des essais au sol, notamment en environnement sous vide, et prépare une démonstration autonome en orbite en 2027. Cette mission doit permettre de vérifier que l’outil fonctionne dans les conditions réelles de l’espace avant d’envisager une commercialisation à partir de 2028.
C’est cette transition qui compte pour une jeune pousse spatiale : passer d’une technologie testée au sol à un équipement accepté par les opérateurs de satellites. Dans le spatial, une idée prometteuse doit encore franchir plusieurs obstacles avant de devenir une capacité industrielle : le lancement, le vide, les radiations et les contraintes d’exploitation.
Pour Toulouse, l’intérêt dépasse le seul recrutement d’une start-up supplémentaire. L’arrivée d’ArcSpace illustre une évolution du secteur spatial : après avoir cherché à fabriquer des satellites moins chers et des lanceurs réutilisables, l’industrie explore désormais les moyens d’entretenir, modifier ou assembler des équipements pendant leur vie en orbite.
La prochaine étape d’ArcSpace ne se jouera donc pas dans un atelier toulousain, mais à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de la Terre : montrer qu’un outil fabriqué pour travailler dans l’espace peut réellement y travailler.
Sources consultées
- ArcSpaceEnabling the next generation of Space Infrastructure with Electron Beam Technology
- La Dépêche du MidiLa start-up du spatial ArcSpace lève 2 M€ et décide de s'installer à Toulouse
- Entreprises OccitanieArcSpace lève plus de 2 millions d'euros pour réparer et assembler des satellites en orbite
- European SpaceflightArcSpace to Demo On-Orbit Welding Tech in 2027