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Aux Abattoirs, Toulouse rassemble le Miró qui refusait de s’assagir

Les Abattoirs réunissent près de 200 œuvres de Miró pour montrer un artiste politique, expérimental et bien moins sage que son image familière.

Illustration de Miró aux Abattoirs

Les Abattoirs ne conservent qu’une lithographie de Joan Miró. Depuis samedi 3 octobre, le musée toulousain en réunit pourtant près de 200 œuvres : peintures, dessins, sculptures, tapisseries, costumes, films et photographies. Pour sa première exposition consacrée à l’artiste catalan, il a choisi de montrer précisément ce que son immense célébrité risque de faire oublier.

Le Miró de « Protestation » n’est pas seulement celui des étoiles, des oiseaux et des signes immédiatement reconnaissables. Les commissaires Carles Guerra et Lauriane Gricourt suivent un artiste qui s’attaque à ses propres habitudes, travaille sur des matériaux inattendus, brûle certaines toiles et cherche à « assassiner » la peinture pour pouvoir la réinventer.

Toulouse n’avait pas accueilli d’exposition dédiée à Miró depuis 1987, selon Lauriane Gricourt, directrice des Abattoirs. Les collections du musée n’en comptent qu’une lithographie. Monter cette exposition a donc nécessité de réunir près de 200 œuvres, dont un ensemble que les Abattoirs présentent comme rarement montré en France.

Le titre « Protestation » vient d’un tract brandi en 1926 par Louis Aragon et André Breton contre le ballet Roméo et Juliette de Serge de Diaghilev, dont Miró avait réalisé des costumes. Les Abattoirs partent de cet épisode pour montrer comment la contestation politique et celle de la peinture finissent par se répondre chez lui.

Dans les salles, cela passe moins par une leçon d’histoire que par des objets qui résistent à l’image trop sage de Miró. Le Tapís de Tarragona, réalisé avec Josep Royo en 1970, déploie quatre mètres de textile. Les collaborations tardives font entrer le cinéma de Pere Portabella et le théâtre de La Claca dans le parcours. Pour Mori el Merma, inspiré d’Ubu roi, la figure grotesque du tyran renvoie directement à Franco. Miró a alors plus de 80 ans et continue de travailler avec une génération beaucoup plus jeune que lui.

Plutôt qu’une accumulation de chefs-d’œuvre autour d’un nom célèbre, les Abattoirs ont choisi une question assez forte pour déplacer le regard sur un artiste que beaucoup de visiteurs pensent déjà connaître.

« Joan Miró. Protestation » reste visible jusqu’au 7 mars 2027. Ce dimanche 4 octobre offre une occasion particulière de la découvrir : comme chaque premier dimanche du mois, l’entrée aux Abattoirs est gratuite, et le musée ouvre de 10 h à 18 h.

À Saint-Cyprien, un musée qui ne conserve qu’une lithographie de Miró en rassemble ainsi près de 200 pour montrer la part la moins familière de son œuvre.

Sources consultées
  1. Les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie ToulouseJoan Miró. Protestation
  2. Toulouse Mairie MétropoleJoan Miró. Protestation
  3. La Dépêche du MidiMiró comme vous ne l'avez jamais encore vu : à Toulouse, coup d'envoi de la grande expo-événement des Abattoirs ce samedi