
Au CHU de Toulouse, le projet BREATH dispose désormais de 805 000 euros de l’Agence nationale de la recherche pour résoudre une contradiction simple à formuler, beaucoup moins à fabriquer : laisser passer suffisamment d’air pour respirer tout en empêchant l’eau d’entrer dans le trachéostome.
Après une laryngectomie totale, la trachée débouche directement dans le cou. Une chute dans l’eau expose donc les poumons à une entrée directe d’eau. Les filtres HME utilisés quotidiennement servent notamment à réchauffer et humidifier l’air inspiré. Des protections existent aussi pour la douche, mais elles ne sont pas conçues pour sécuriser une immersion accidentelle.
BREATH veut combler précisément cet espace. Le projet porté par la chirurgienne ORL Agnès Dupret-Bories prévoit d’associer un système adhésif résistant à l’eau à un textile technique à la fois respirant et imperméable. Le dispositif devra aussi rester correctement fixé malgré la chaleur et la transpiration. L’objectif n’est pas de permettre la natation : il est de donner à une personne tombée dans l’eau le temps d’en sortir sans que son trachéostome devienne immédiatement une voie d’entrée vers les poumons.
La difficulté ne se limite donc pas à trouver un textile imperméable. Respirer à travers une matière crée une résistance à l’écoulement de l’air ; l’étanchéité dépend aussi de la tenue de l’interface avec la peau. Pour l’instant, BREATH n’a publié aucun seuil de performance sur ces deux points. Le projet reste au stade du développement.
Cette question a déjà suscité d’autres pistes. En 2021, des chercheurs américains avaient présenté STORKEL, un prototype reliant le trachéostome à un tube respiratoire muni d’une valve flottante, destinée à se fermer automatiquement sous l’eau. Le système avait été testé mécaniquement, mais pas sur des personnes laryngectomisées. BREATH choisit une architecture beaucoup plus compacte, portée directement sur le cou.
À Toulouse, cette recherche sur les biomatériaux n’est pas isolée. Agnès Dupret-Bories dirige notamment BIOFACE, programme consacré aux biomatériaux pour la reconstruction faciale après cancer. Son équipe avait auparavant participé à la reconstruction complète d’un nez à partir d’un greffon synthétique imprimé en 3D et prévascularisé. BREATH ouvre un autre chantier en chirurgie ORL : protéger une voie respiratoire sans empêcher de respirer.
Le CHU annonce environ trois ans pour obtenir un prototype stabilisé. Le dispositif doit ensuite être évalué auprès d’une trentaine de patients, notamment sur son acceptabilité et sa capacité à protéger lors d’une immersion accidentelle. L’industrialisation ne viendrait qu’après.
À Toulouse, les 805 000 euros ne financent donc pas encore une protection prête à porter. Ils financent la tentative de faire tenir ensemble trois propriétés dont dépendra tout le dispositif : respirer, rester collé et garder l’eau dehors.
Sources consultées
- CHU de ToulouseUn projet de recherche pour en finir avec le risque de noyade des personnes laryngectomisées
- PLOS ONE / PubMed CentralAn automatic water-occluding device to enable laryngectomee participation in water activities
- Head & Neck / PubMed CentralAdjustable breathing resistance for laryngectomized patients: Proof of principle in a novel heat and moisture exchanger cassette
- CHU de ToulouseRecherche hospitalo-universitaire (RHU) BIOFACE