
Viraj Aero vient de lever 4,5 millions d’euros pour passer au vol. Installée à Toulouse-Blagnac, la start-up veut faire décoller en 2027 Ailefroide, un démonstrateur quatre places équipé d’un système d’injection de vapeur. La levée doit financer son développement, renforcer l’équipe d’ingénierie et préparer la certification de son système EYJA, destiné à l’aviation légère pour 2029.
L’injection de vapeur elle-même n’est pas une invention de Viraj. Elle est utilisée depuis plusieurs décennies sur des turbines terrestres : la chaleur des gaz d’échappement sert à produire de la vapeur, ensuite injectée dans le moteur. Le procédé peut augmenter le rendement et la puissance tout en réduisant les oxydes d’azote. Son défaut est tout aussi connu : il consomme beaucoup d’eau si celle-ci n’est pas récupérée. Des travaux publiés dès les années 1990 ont montré qu’une récupération par condensation pouvait fermer cette boucle sur des installations au sol.
Dans un avion, cette plomberie devient un problème de masse. Embarquer une importante réserve d’eau annulerait une partie de l’intérêt du système ; ajouter condenseur, échangeur et circuit de récupération impose aussi de surveiller poids et encombrement. Viraj mise donc sur une architecture qui récupère dans l’échappement l’eau produite par la combustion, capte de la chaleur perdue puis réinjecte cette eau sous forme de vapeur. L’ISAE-SUPAERO décrit le projet selon le même principe de récupération de chaleur et de vapeur.
C’est sur cette intégration que se joue désormais le projet. Viraj indique avoir déjà réalisé sur un prototype des essais au sol d’injection de vapeur et de gouttelettes d’eau, avec des gains thermodynamiques selon l’entreprise. Elle n’en publie cependant pas les mesures détaillées permettant de juger les performances du système complet. Son prochain démonstrateur devra ajouter ce que le banc d’essai ne peut établir : qu’un circuit suffisamment léger, compact et fiable conserve son intérêt une fois embarqué.
EYJA donne une idée du marché recherché. Viraj le présente comme un système de 450 ch pour l’aviation générale, conçu autour d’un échangeur thermique léger et pour s’intégrer à des architectures existantes. Les réductions de consommation et d’émissions affichées sur sa fiche produit restent pour l’instant des objectifs de l’entreprise, et non des performances indépendamment établies en vol.
Viraj est issue de l’ISAE-SUPAERO, où Joseph Risson a développé les premiers travaux et bénéficié des infrastructures de l’école. L’entreprise a ensuite installé sa base sur l’aéroport de Toulouse-Blagnac pour préparer des essais à plus grande échelle et l’intégration de ses prototypes.
Les 4,5 millions d’euros ne consacrent donc pas encore une nouvelle turbine aéronautique. Ils financent le passage du banc au ciel. À Blagnac, Ailefroide devra montrer en 2027 si Viraj a réussi à conserver les bénéfices de la vapeur sans que le système nécessaire ne devienne trop lourd.