
Le premier avion d’essais du Kepplair 72 est arrivé dans les hangars d’Aerotec & Concept à Toulouse-Blagnac. Il s’agit d’un ATR 72 cargo mis à disposition par ACIA Aero Capital, destiné à démontrer qu’un avion régional existant peut devenir un bombardier d’eau de 7,5 tonnes.
Le programme dispose désormais de l’appareil sur lequel doivent être menées la conversion et les essais. Kepplair annonçait au printemps que cet ATR serait converti à Toulouse par Aerotec & Concept, avec l’intégration du système de largage KEDS. Dans son annonce la plus récente, l’entreprise indique qu’une campagne d’essais en vol doit commencer prochainement et maintient l’objectif de premiers essais de largage d’ici la fin de l’année. Elle ne précise toutefois pas quelles modifications sont déjà réalisées sur l’appareil ni la séquence exacte de ces essais.
L’intérêt du Kepplair 72 ne tient pas simplement au volume d’eau embarqué. La Sécurité civile française dispose déjà de Canadair de 6 000 litres et de Dash de 10 000 litres. Kepplair mise plutôt sur la conversion d’un ATR existant, ravitaillé au sol, et sur la maîtrise de ce qui se passe lorsque plusieurs tonnes de liquide quittent l’avion.
Le système de largage est directement lié à des travaux menés à Toulouse. KEDS prolonge les recherches conduites avec l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse et Trotter Controls. Dès 2020, un démonstrateur baptisé KIOS avait été construit à l’IMFT à l’échelle 1/3. Il avait permis de valider le contrôle nécessaire pour obtenir une vitesse d’éjection constante.
Pour un bombardier d’eau, cette régularité est décisive. La performance d’un largage se mesure notamment par la quantité de liquide qui atteint chaque mètre carré au sol et par l’homogénéité de cette couverture. Un mauvais écoulement disperse davantage l’eau ou le retardant dans l’air. Le travail de mécanique des fluides consiste donc à contrôler le débit assez finement pour obtenir l’empreinte recherchée, malgré la vitesse de l’avion et les perturbations aérodynamiques.
Le prototype arrivé à Blagnac doit faire passer ce principe d’un démonstrateur de laboratoire à un aéronef grandeur nature. Aerotec & Concept doit modifier l’appareil à Blagnac. Toulouse réunit ainsi les deux compétences centrales du programme : transformer l’ATR et maîtriser son largage.
Ce Kepplair ne doit pas être confondu avec l’autre ATR 72 bombardier d’eau développé à Blagnac par Positive Aviation. Positive Aviation travaille sur une version amphibie capable d’écoper. Kepplair a choisi un avion ravitaillé au sol. Deux programmes distincts utilisent donc, à quelques kilomètres de distance, la même famille d’appareils pour explorer deux architectures de lutte aérienne contre les incendies.
Kepplair vise toujours une certification en 2027. Avant cela, les essais menés depuis Toulouse-Blagnac devront montrer qu’un système étudié depuis plusieurs années à l’IMFT fonctionne une fois embarqué dans un ATR 72.
Sources consultées
- Kepplair EvolutionPost annonçant l’arrivée du prototype d’essais à Toulouse
- Kepplair EvolutionCommuniqué de presse : Arrivée du premier prototype KEPPLAIR 72 !
- Toulouse INP / Toulouse Tech TransferLutte anti-incendie : KIOS, un dispositif innovant pour transformer les avions de ligne en bombardiers d’eau
- Sécurité civileL’avion A400M en renfort de la Sécurité civile pour la lutte contre les feux de forêt