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À Toulouse, la mémoire du 19 août 1944 a encore ses adresses

Des Tiercerettes à Matabiau et Saint-Michel, les cérémonies des 18 et 19 août font apparaître plusieurs mémoires de la Libération de Toulouse.

Illustration - Mémoire de la Libération à Toulouse

À Toulouse, le souvenir de la Libération n’habite pas un seul monument. Les 18 et 19 août, quatre hommages ramènent le 19 août 1944 dans des endroits très différents de la ville : une petite place d’Arnaud-Bernard, la gare Matabiau, l’ancienne prison Saint-Michel et les allées Frédéric-Mistral. Ces rendez-vous sont organisés par des groupes différents, de l’Amicale de la 35e brigade FTP-MOI Marcel Langer aux cheminots CGT, en passant par l’ANACR et la mairie.

Place des Tiercerettes, l’hommage est consacré à Jacob Insel. Il revient chaque année près de la rue d’Embarthe, où vivait ce résistant juif polonais. Insel avait connu la Palestine, les Brigades internationales en Espagne puis les camps français avant de rejoindre à Toulouse Marcel Langer et la future 35e brigade FTP-MOI. Arrêté en décembre 1943, emprisonné à Saint-Michel puis déporté dans le « Train fantôme », il est mortellement blessé à Pierrelatte le 19 août 1944. Son parcours rappelle ce que Toulouse doit dans son histoire résistante aux étrangers et aux anciens combattants antifascistes arrivés d’autres pays d’Europe.

À Matabiau, mercredi matin, ce sont les cheminots qui tiennent le fil. Les combats autour de la gare comptent parmi les plus violents de la Libération de Toulouse. La CGT clandestine y est implantée, aux côtés notamment de Résistance-Fer, des FTP et de combattants de la MOI. Le groupe Matabiau se renforce aussi avec l’arrivée de civils et de volontaires. Un geste est resté dans les récits : le cheminot Jean-Baptiste Séguelas enlève le drapeau allemand et hisse le drapeau français au-dessus de l’horloge de la gare. La plaque de Matabiau conserve aujourd’hui les noms des morts du groupe.

Quelques kilomètres plus au sud, l’ANACR organise l’hommage à la prison Saint-Michel. Sous Vichy puis l’Occupation allemande, elle fut un lieu de détention et d’exécution de résistants, parmi lesquels Marcel Langer. Les Archives municipales indiquent que les prisonniers politiques y sont libérés le 19 août 1944. Ce passé n’est plus rappelé seulement à la date anniversaire : le Castelet, ancienne entrée de la prison, est désormais consacré à l’histoire du site, et une visite proposée cet été jusqu’au 23 août relie précisément le lieu au Monument à la gloire de la Résistance.

La mairie clôt mercredi les cérémonies devant ce dernier monument, allées Frédéric-Mistral. Inauguré le 19 août 1971 face à l’ancien siège de la Gestapo, il est presque entièrement souterrain. Trois cryptes y évoquent les réfugiés, les torturés et les fusillés.

Le programme 2026 ne repose donc pas sur une cérémonie nouvelle. Son intérêt est ailleurs : il montre qui continue à entretenir les différentes couches de cette mémoire toulousaine. L’Amicale de la 35e brigade FTP-MOI Marcel Langer perpétue le souvenir de ses combattants, Matabiau celui des cheminots, Saint-Michel celui des résistants emprisonnés, avant l’hommage organisé par la ville devant le grand mémorial. Mercredi soir, ces histoires dispersées se retrouveront sous les quatre mâts métalliques du Signal, aux allées Frédéric-Mistral.

Sources consultées
  1. Toulouse Mairie Métropole82ème anniversaire de la Libération de Toulouse
  2. Archives municipales de ToulouseCentre de ressources, Libération de Toulouse
  3. Musée de la Résistance en ligne, Fondation de la RésistanceJacob Insel
  4. Musée de la Résistance en ligne, Fondation de la RésistancePlaque en hommage aux morts du groupe Matabiau, Toulouse
  5. Monuments de ToulouseHistoire et architecture | Monument à la Gloire de la Résistance