
L’Institut national du cancer a retenu un projet toulousain consacré à ce qui peut subsister d’un cancer du poumon après un traitement, alors que la maladie est devenue trop discrète pour être facilement repérée. Porté par Julien Mazières, onco-pneumologue au CHU de Toulouse et chercheur au Centre de recherches en cancérologie de Toulouse, le projet s’appuie sur des biopsies liquides.
Il veut cartographier la maladie résiduelle minimale par une analyse protéomique « pseudo-spatiale », à l’échelle de la cellule unique. L’équipe cherchera dans le sang non seulement une trace génétique de la tumeur, mais aussi des informations sur les protéines présentes dans des cellules individuelles.
L’ADN tumoral circulant peut révéler des mutations et signaler la persistance de la maladie. L’étude des protéines apporte une information complémentaire sur l’état biologique d’une cellule, son activité et les mécanismes qu’elle mobilise. Les examiner une par une permettrait de ne pas fondre dans une moyenne des cellules qui ne se comportent pas toutes de la même façon.
Cette analyse impose d’isoler des cellules à partir du sang, d’obtenir pour chacune un profil protéique exploitable, puis de comparer les profils recueillis. Le projet devra établir si ces informations permettent de distinguer plusieurs états de la maladie résiduelle et, à terme, de faire émerger de nouvelles pistes thérapeutiques.
Le groupe de Julien Mazières travaille déjà sur les biopsies liquides pour suivre l’évolution des cancers bronchiques et l’apparition de résistances. Depuis 2021, le programme LUNG-RESIST analyse notamment l’ADN tumoral circulant et les cellules tumorales circulantes de patients traités par des médicaments ciblant l’EGFR.
Une autre étude du CRCT, publiée en 2024 dans Nature Communications, a identifié dans des modèles expérimentaux une petite population de cellules capables d’échapper très tôt à plusieurs thérapies ciblées. Les chercheurs ont aussi testé une manière de bloquer ce processus. Ces travaux ne décrivent pas le nouveau protocole, mais ils montrent que l’équipe sait déjà étudier les premiers états de résistance, avant qu’une population tumorale résistante ne s’impose.
Les biopsies liquides ont commencé à démontrer l’avance qu’elles peuvent offrir. Dans une analyse exploratoire de l’essai international ADAURA, menée chez des patients opérés d’un cancer du poumon avec mutation d’EGFR, la détection moléculaire précédait de 4,7 mois en médiane la récidive clinique ou le décès chez les 62 patients pour lesquels les deux événements avaient été observés. Détecter plus tôt ne dit toutefois pas encore quel traitement administrer, ni si une intervention déclenchée à ce stade améliore la survie.
Le projet toulousain se situe entre le laboratoire et la clinique. L’INCa ne publie pas encore sa cohorte, son calendrier ni le détail de la méthode employée. La prochaine étape sera de vérifier si les profils protéiques obtenus à partir du sang permettent de distinguer des états de maladie résiduelle utiles à la recherche clinique.
Sources consultées
- Institut national du cancerAppel à projets PRT-K 2026, Programme de recherche translationnelle en cancérologie INCa-DGOS
- Centre de recherches en cancérologie de ToulouseDétection précoce du cancer et de la résistance au traitement
- Nature CommunicationsFarnesyltransferase inhibition overcomes oncogene-addicted non-small cell lung cancer adaptive resistance to targeted therapies
- Nature MedicineMolecular residual disease analysis of adjuvant osimertinib in resected EGFR-mutated stage IB–IIIA non-small-cell lung cancer