
Des compagnies séjournent au Tracteur avec un spectacle encore inachevé. Elles dorment dans le gîte de six chambres, travaillent dans une salle de répétition de 130 m² et peuvent ensuite présenter au public une étape de leur travail sur la scène extérieure de 130 places. Cette ancienne ferme de Cintegabelle consacre plus de vingt semaines par an à ces résidences. Elle risque aujourd’hui de disparaître.
L’histoire du lieu a commencé il y a près de trente ans avec la compagnie Beaudrain de Paroi. Depuis 2020, Le Tracteur est exploité par une société coopérative d’intérêt collectif réunissant une trentaine de sociétaires, parmi lesquels des habitants, des artistes, des associations et la commune. La ferme ne sert pas seulement à montrer des spectacles. Elle permet de les fabriquer loin des loyers et des contraintes d’une salle en ville. Selon la coopérative, elle a accueilli 80 compagnies pendant 94 semaines depuis 2020.
Cécile Cuny, céramiste et plasticienne, et Séverine Monter, spécialiste de la teinture végétale, travaillent dans son atelier d’artisanat. Des habitants y suivent des cours de théâtre, de musique, d’arts plastiques ou de yoga. Le parc d’un hectare, le gîte et les salles accueillent également des formations et des projets associatifs.
La ferme est aussi devenue un point d’entrée pour de jeunes équipes artistiques d’Occitanie. Le Champ des possibles accompagne actuellement cinq compagnies pendant deux ans et demi, avec trois semaines de résidence, un soutien financier et un suivi professionnel. Parmi elles figurent la compagnie Wiv, qui travaille une création mêlant danse, théâtre et son, et La Pulse, engagée dans un spectacle de marionnettes pour le jeune public. Le Théâtre du Grand Rond réserve par ailleurs dix semaines par an au Tracteur pour les compagnies qu’il accompagne depuis Toulouse.
Selon la coopérative, les financements actuels ne couvrent pas durablement les charges du lieu. Le Tracteur affirme qu’il lui manque 65 000 euros de subventions, dont 35 000 euros votés mais non versés et 30 000 euros encore soumis à arbitrage. Après une réunion tenue le 20 février 2026 avec la commune, le Département, la préfecture et la Région, l’équipe dit ne plus entrevoir de hausse suffisante des aides publiques. Elle évoque désormais une liquidation judiciaire imminente.
Pour éviter une cessation brutale, le conseil coopératif a soumis aux sociétaires le principe d’une fusion-absorption par le Théâtre du Grand Rond. Le rapprochement prolongerait une coopération engagée depuis 2020 entre la résidence rurale et la scène toulousaine. Le Grand Rond est cependant lui-même fragilisé depuis la suspension pour deux ans de sa subvention municipale. La fusion n’est pas annoncée comme conclue et le prêt destiné à gagner du temps reste en discussion.
La commune, sociétaire du Tracteur, a accepté d’étudier l’opération. Elle demande que l’ancien corps de ferme et sa salle de résidence restent au service du territoire. À Cintegabelle, l’issue de l’opération déterminera si une compagnie pourra encore poser ses valises au Peyral, travailler dans la grande salle et ouvrir ensuite les portes aux habitants.